Theology of Religion

Education comme Evangélisation en Inde

Colloque organisé par l’AFUI et l’ISTR sur L’Inde et le fait Chrétien  le 19 Octobre 2005

A la Salle de l’Horticulture, 84 rue de Grenelle, Paris-7.

Education comme Evangélisation en Inde

Dr Vincent Kundukulam

Dr Vincent Kundukulam

KUNDUKULANGARA Vincent

Introduction

Tout d’abord permettez-moi de remercier sincèrement les responsables de l’AFUI et de l’ISTR qui m’ont fait venir d’Inde pour participer à ce colloque. Ils ont tout à fait raison car comment fait-on un colloque sur l’Inde sans avoir les Indiens comme  interlocuteurs ? Tous ceux qui travaillent pour le bien-être de l’humanité sont intéressés au service de l’éducation car d’une part le futur de tout pays dépend du progrès de l’éducation et d’autre part l’éducation est l’instrument le plus efficace pour assurer l’égalité entre les hommes. J’espère que cette réflexion sur le service éducatif chrétien en Inde nous ouvrira de nouveaux horizons et nous aidera à faire un pas en avant dans nos efforts de développer un monde meilleur.

Le Père Rossignol nous a très bien présenté l’histoire de l’évangélisation en Inde et Dr. Jeyaraj a fait un exposé enrichissant tout en expliquant les soucis, le succès, la peine, la joie et les défis que les missionnaires expérimentent lorsqu’ils essayent d’enraciner le christianisme dans le pays. Le sujet de mon intervention dans ce colloque est l’éducation comme évangélisation en Inde. En d’autres termes je vais expliquer les divers types de services éducatifs entrepris par l’église en Inde hier et aujourd’hui, mettre en évidence les problèmes qui existent dans le service de l’éducation en général et montrer également comment les initiatives chrétiennes dans ce domaine deviennent une manière d’annoncer l’évangile dans le sous-continent indien.

Je vais diviser cet exposé en quatre parties. Nous commencerons par un bref aperçu de l’histoire de l’éducation en Inde de la période Védique à notre ère contemporaine. Après nous verrons en détail les divers types des services éducatifs faits par les chrétiens parmi les différentes catégories de la population indienne. Dans la troisième partie nous verrons comment ce service éducatif devient une mission évangélisatrice. Nous conclurons avec les défis que les établissements éducatifs chrétiens relèvent en Inde, un pays qui est profondément affecté par le mondialisation et le nationalisme hindou.

Clarifications des termes

Education: Aujourd’hui on parle de l’éducation à deux niveaux différents: l’éducation ordinaire ou formelle et l’éducation informelle ou non-formelle. L’éducation formelle est synonyme de l’enseignement conventionnel à travers les écoles. Dans un sens plus large tout ce qu’on fait pour élever les hommes à la perfection de la nature humaine est compris aujourd’hui en Inde comme éducation informelle ou non-formelle. Par exemple, le travail d’alphabétisation des adultes, l’éducation donnée hors d’écoles ordinaires, etc. Ces deux formes d’éducation sont intimement liées car les deux préparent l’individu à être de bons citoyens. (Collier’s Encyclopedia, 582) Dans ce colloque nous utiliserons ce terme dans son sens plus large.

Evangélisation: Que voulons-nous dire par l’évangélisation ? Jusqu’à un temps récent, mission ou évangélisation a été comprise par l’Eglise catholique comme l’annonce explicite de Jésus Christ et de son Evangile dans les pays païens et lointains et l’implantation des églises pour les baptisés. Mais aujourd’hui plus que cette vision écclésio-centrique ce qui est mis en valeur est une mission centrée sur le Royaume de Dieu. Cette mission n’exclut pas le baptême, pourtant on y donne l’importance à répandre les valeurs du règne de Dieu à travers le combat pour la justice, les efforts pour améliorer la bonne entente inter-religieuse, le développement, etc. partout où les Chrétiens sont en mission. Ici nous parlerons de l’évangélisation avec ce sens actuel du terme.

Partie 1 : Un Aperçu Historique

L’histoire de l’éducation en Inde est longue car l’Inde a un passé très ancien. Pour des raisons pratiques je la divise en trois périodes: périodes antiques, période occidentale et période après l’indépendance. Nous les étudierons brièvement excepté la période occidentale parce que l’Inde actuelle doit beaucoup à l’éducation occidentale pour ce qu’elle est aujourd’hui.

1. L’époque ancienne

L’impact le plus ancien de l’éducation en Inde était celui de la civilisation aryenne, qui a dû entrer dans ce pays entre 1500 et 1200 avant notre ère. Pendant la période aryenne l’éducation a été principalement donnée aux classes sacerdotales et plus tard aux kshatriyas (des nobles et des guerriers) et aux vayshiya (des agriculteurs et des commerçants). L’apprentissage était très lent car les étudiants devaient en même temps travailler pour leur professeur à la maison et dans le champ. Ils étudiaient lors de leur temps libre. Par conséquent l’étude d’un Veda prenait 12 ans et ainsi seulement quelques uns pouvaient achever leurs études. Le deuxième impact était celui du bouddhisme. Les systèmes d’éducation brahmanique et bouddhistes étaient presque semblables mais le bouddhisme a ouvert l’éducation à toutes les castes. Pourtant puisque les cours ont été tenus dans les monastères le public n’a pas pu en profiter. Alors est venue l’éducation musulmane au 10ème siècle de notre ère qui a eu lieu dans les madrasah, les écoles primaires attachées aux mosquées. Ces établissements étaient principalement pour Musulmans et donc n’ont pas eu un impact sur le public. (Education in India, 5-18)

         Parmi les systèmes d’éducation antiques en Inde ce qui avait le plus marqué l’ensemble de l’Inde était celui des Brahmanes. Mais alors on peut se demander pourquoi  le système Brahmane n’a pas eu de succès à l’époque moderne ? Je pense que le souci du monde céleste a fait que les éducateurs hindous se sont éloignes du contact avec la vie ordinaire. Pour certaines écoles de la philosophie indienne le monde terrestre est une illusion ou Maya. Le Bhagavad Gita, II dit : “l’homme qui chasse de soi tout désir et marche sans désir, sans la pensée du moi, hérite la paix” Les bonnes actions aussi bien que les mauvaises contribueront à la prolongation du cycle des naissances. La vraie sagesse est le pouvoir de libérer les âmes des chaînes mondaines. Par conséquent les Brahmanes ne pouvaient pas être intéressés à l’étude des sciences modernes qui favorisent l’attachement au monde en s’abstenant ainsi au moksha. (A History of Education in India and Pakistan, 183- 189)

2. La période occidentale

Les écoles ordinaires ont démarré en Inde d’abord pour les enfants d’Européens qui ont habité le pays. Ainsi une première école, celle de Santa Fe School est ouverte à Goa (1540) par les franciscains et plus tard d’autres écoles de missionnaire à Bassein (Vasai) en 1546, à Cochin en 1549, à Punnaicayil au Tamil Nadu en 1567, à Madurai en 1595, à Pondichéry en 1713 et une école tamoule à Ellacurichi au Tamil Nadu en 1731. (G. Palackapilly, Christian Contribution to Education, Language and Literature, Christian Contribution to Nation Building, 84). En 1784 le Gouverneur Warren Hastings a établi un Madrasa pour l’éducation des garçons musulmans à Calcutta et en 1791 Jonathan Duncan, le résidant britannique à Bénarès a ouvert une école universitaire de Sanskrit. Le but de ces écoles était de former des hommes capables d’interpréter les lois musulmanes et hindoues qui étaient nécessaires dans l’administration de la justice. (A History of Education in India and Pakistan, 197-199)

On reproche souvent aux Anglais d’avoir eu des intérêts personnels dans l’éducation des Indiens puisqu’ils ont ouvert les écoles en vue de former les secrétaires nécessaires pour leur administration. Ceci peut ne pas être entièrement vrai parce que ce n’était pas le seul but de ceux qui avaient pris des initiatives dans le domaine éducatif. Par exemple, Macaulay, le membre du Comite pour  la loi du gouvernement Indien de l’époque avait exprimé en Chambre des Communes comme suit : “sommes-nous pour maintenir le peuple de l’Inde ignorant afin que nous puissions les maintenir dociles ? Ou voulons-nous les laisser sans le passage légitime après avoir éveillé chez eux l’ambition? Il se peut que l’esprit public de l’Inde puisse augmenter sous notre système jusqu’à ce qu’il le dépasse” (Education in India, 22)

En 1792 en renouvelant la charte d’East India Company, Wilberforce, le chef de la partie évangélique, a demandé à la Cour des directeurs d’envoyer des professeurs de temps en temps en l’Inde pour la promotion de la connaissance des habitants. En 1857, la Cour des directeurs a créé des universités à Calcutta, à Bombay et à Madras sur le modèle de l’université de Londres. (Education in India, 21-24) Lorsque les Britanniques ont quitté l’Inde il y avait environ 196.000 institutions de formation. (A History of Education in India and Pakistan 212; Pour étude  plus approfondie de la contribution de la période britannique à l’éducation voir également A..A. Zellner, Education in India, New York : Bookman Associates, 1951 ; S.N. Mukerji, History of Education in India, Baroda : Acharya Book Depot, 1957)

Les efforts du gouvernement dans le domaine de l’éducation ont été renforcés par les missionnaires en créant des écoles et des collèges dans les villes et les villages. Indépendamment des établissements éducatifs les missionnaires ont un vif l’intérêt pour étudier les cultures, les religions et les langues régionales et communiquer leurs résultats au monde extérieur. Les premiers dictionnaires et grammaires modernes et les alphabets d’un grand nombre de langues et de dialectes indiens doivent leur existence aux missionnaires.

Examinons le brièvement dans les Etats différents de l’Inde.  En Inde du nord les services éducatifs chrétiens ont débuté avec la mission du Tibet en 1704 et plus efficacement avec l’établissement de l’archidiocèse d’Agra en 1886, la mère de tous les diocèses du nord de l’Inde. Les 13 diocèses qui existent dans le nord ont entrepris des campagnes d’alphabétisation dans leurs villages. Il y a presque 800 écoles Catholiques y compris primaires et secondaires et cinq écoles universitaires dans cette région. (P. Celestine, Christianity in Northern India, Indian Christian Directory, 98-99)

Grâce aux jésuites portugais, Mission Etrangère de Paris et églises protestantes le taux d’alphabétisation et en particulier des femmes ont été élevé dans les sept états sœurs du nord-est de l’Inde:  Arunachal Pradesh 42 % ; Assam 53.42 %; Manipur 60.96 %; Meghalaya 48.26 % Mizoram 82. 27 % et Tripura 60.39 %. (J. Puthenpurakal, The Rising Sun: Christianity’s Contribution to India’s North Eastern Region, Indian Christian Directory, 107-110). Les baptistes et les presbytériens ont contribué à la formation du dictionnaire Assamese-Anglais, la grammaire et les manuscrits de la langue d’Assamese, alphabet de Khasi, la langue de Garo, le dictionnaire de Naga, prose bengali, etc. (G. Palackapilly Christian Contribution to Education, Language and Literature, Christian Contribution to Nation Building, 91-92.)

Dans différentes régions de l’Ouest de l’Inde notamment à Goa, Bassein, Bandra, Bombay et Gujerat les initiatives éducatives ont été commencé par les jésuites portugais. Sous la direction d’évêque Hartman (1850ff) une école primaire a été attachée à chaque paroisse à Bombay. La diffusion des écoles primaires dans les villages éloignés de Bombay doit considérablement aux missions protestantes. Jyotiba Phuel ancien étudiant d’école écossaise à Pune a lancé le premier mouvement non-Brahmin contre la pratique de caste en Inde. (M. D. David, Christianity in Western India, Indian Christian Directory, 114-115)

Le progrès éducatif s’est produit dans la côte est de l’Inde – du Bihar, du Madhya Pradesh et de l’Orissa – par la mission de Tibet-Hindustan (1707), la mission de Bettiah (1707-1745) et la mission du Népal (1715-1769). L’influence de l’éducation parmi les chrétiens de Bettiah qui  appartenaient aux castes élevées et moyennes et qui forment maintenant une communauté autour 13, 000 membres était si significative que dans les années 90 qu’ils étaient tous alphabétises. Leurs métiers ont changé de les traditionnels en les travaux de secrétaire, d’enseignants et de cadre professionnels. En tout dans ces trois Etats l’église a 36 écoles universitaires, 384 lycées, 555 collèges, 615 écoles primaires et 300 centres d’éducation professionnelle. (J. Kalapura, Dignit Re-discovered :Christians in Eastern India, Indian Christian Directory, 102-104)

Venons à l’Inde du sud, au Kerala. Quand les Portugais y sont arrivé au 15ème siècle il y avait des écoles conduites par tous les Hindous et pour les chrétiens. C’est évident des décrets adoptés par le synode d’Diamper selon lequel on devait déplacer les sanctuaires maintenus dans les écoles chrétiens pour les étudiants hindous et qui accordait la permission aux enfants chrétiens d’aller à des écoles hindoues mais sans montrer n’importe quelle vénération à des idoles. L’éducation occidentale a été présentée par les Prussian missionnaires, The Church Missionary Society (CMS) et de Basel German Evangelical Mission. Selon les statistiques en 1901 le taux d’instruction chez les femmes au Kerala était déjà 31 sur 100 tandis qu’il était 1 sur 1000 à Gwalior et 11 sur 1000 à Bombay. En 1901 les chrétiens avaient déjà 1920 écoles au Kerala. (C.V. Cherian, Kerala-Empowernment through Enlightenment, Indian Christian Directory, 130-131). En ce qui concerne la langue de Malayalam, son premier dictionnaire est fait par un missionnaire allemand John Ernetus Hanxleden, connu sous le nom d’Arnold Padiri ; la première grammaire par l’évêque Anjelo Francis de Verapoly et le Nigantu Malayalam-Anglais  par Hermann Gundert. (A. Sreedhara Menon, A Survey of Kerala History, 339-340)

Au Tamil Nadu, les missionnaires comme Robert de Nobili, Constantius Joseph Beshi, Bartholomew Ziegenbalg, G.U. pape, Robert Caldwell, ont travaillé à la prose tamoule moderne, au premier lexicographe scientifique du Tamoul, aux dictionnaires Tamoule, Latin-Tamoul, et Portuguese-Tamoul, une grammaire comparative des langues Dravidiennes du sud, etc… (G. Palackapilly, Christian Contribution to Education, Language and Literature, Contribution to Nation Building, 93-94)

Au Karnataka les dominicains, The Church Missionary Society et The Basel Mission ont commencé des écoles. Le Vicaire apostolique de Mysore Msgr. Charbonneaux MEP en collaboration avec les soeurs du Bon Berger a commencé des écoles à Mysore, Bangalore, Bellary, Kolar, Udipi, et par l’année 1895 elles ont eu 77 établissements éducatifs à la mission de Mysroe pour des étudiants venant toutes castes. Ils ont écrit des livres de grammaire et les dictionnaires de Kannada. La Presse catholique qui a été commencé par le Msgr. Etienne Charbonnaux à Bangalore a facilité la publication des littératures de kannada. (T. Anchukandam, Christian Contribution to Karnataka, Indian Christian Directory, 116-119) ]

Résumons l’impact des missionnaires européens sur l’éducation des Indiens en disant qu’il a créé une grande révolution dans la mentalité indienne. Les idées occidentales de la liberté, l’égalité et la dignité humaine ont agi en tant qu’agent catalytique et provoqué un changement social radical dans le pays. Citons à ce propos Les historiens éminents comme R.C. Majumdar a dit la chose suivante : “Si nous devons choisir un facteur qui a aidé plus que d’autres à la grande transformation de l’Inde au 19ème siècle sans n’importe quel point d’hésitation on peut dire que c’est l’éducation anglaise” (R.C. Majumdar (ed.), The History and Culture of the Indian People, X.31) Selon Syed Nurullah et J. P. Naik, les deux auteurs célèbres de l’histoire de l’éducation en Inde, l’acquis le plus important de l’éducation britannique était de présenter à l’Inde la langue et la littérature européenne et à travers elles toute la pensée, le développement industriel et scientifique, et la philosophie sociale et politique de l’ouest. L’éducation anglaise a libéré l’esprit indien des idées archaïques et a créé la base de la Renaissance indienne. L’Inde doit l’étude scientifique et critique de sa propre culture antique aux européens. L’ouest est également responsable du réveil de plusieurs tendances humanistes telles que la croisade contre l’intouchabilité et l’esprit du service social. (A History of Education in India, 865-867)

3. Après l’indépendance

À l’heure de l’indépendance seulement 14 % de la population était instruite et seulement un enfant sur trois était inscrit dans une école primaire. (Government of India, Ministry of I & B, India 1995, p. 79) La Constitution Indienne a déclaré dans son article 45 déclarant que l’Etat essayera d’assurer une éducation obligatoire pour tous les enfants jusqu’à l’âge de quatorze ans. Depuis, plusieurs commissions telles que la Commission pour L’université sous la présidence de Dr. Radhakrishnan en 1948, la Commission pour L’éducation Secondaire sous la présidence de Dr. S. Lakshmanasamy Mudaliar en 1952 et la Commission d’Education sous la présidence de Dr. D.S. Kothari ont été nommées pour aborder le problème de l’éducation. En juillet 1993 la Cour suprême a déclaré l’éducation élémentaire comme droit fondamental : Chaque citoyen du pays a droit à une éducation gratuite jusqu’à l’âge de 14 ans”. Le Gouvernement central et ceux des Etats ont pris des mesures pour l’expansion des écoles élémentaires. En conséquence le taux d’instruction a atteint jusqu’à 62 % en 1997.

Partie II : Différents types de services éducatifs

Si les chrétiens sont respectés en Inde c’est non en raison de leur croyance religieuse, mais à cause de leurs établissements éducatifs et leurs services de santé. Les établissements éducatifs jouent comme une porte d’entrée pour les chrétiens pour créer un bon rapport véritable avec la société. Les chrétiens sont seulement 2.34 % de la population indienne mais, leurs institutions assurent

5 % de l’éducation primaire,

10 % de l’éducation et de santé,

25 % des soins  des orphelins et des veuves

30 % des soins aux handicapés mentaux et physiques, lèpres et les victimes des SIDAS. (Alain De Lastic, Inaugural Speech, Proceedings of the National Consultation on Education, 9. 48.)

Selon le Catholic Directory of India 1994 les Catholiques qui représentent 1.68 % de la population indienne dirigent 17, 000 établissements éducatifs.

3.785 écoles maternelles

 7.319 écoles primaires

3.765 écoles secondaires

1500 professionnelles et écoles techniques

175 écoles universitaires

2 universités de technologie et

2 universités médicales. Maintenant nous pouvons voir de près les différentes initiatives prises par les églises pour l’éducation des tribus, des dalits, des femmes, des pauvres enfants, etc.

4. Éducation des Dalits (intouchables)

Durant l’époque des Britanniques, éducation et évangélisation étaient extrêmement liées chez les Dalits, la classe la plus opprimée de la société indienne. Les missionnaires ont ouvert des écoles et les Dalits ont perçu la conversion comme un moyen efficace d’acquérir une bonne éducation. Le mouvement de conversion des Pulayas (groupe d’intouchables) en 1930 au Kerala était un exemple. Peu après la conversion les Pulayas chrétiens ont créé leurs propres écoles qui sont devenues si prestigieuses que même les autres, les hautes castes ont envoyé leurs enfants dans ces écoles.

Le programme éducatif réalisé chez les Musahars, un groupe de Dalit du Bihar, par le centre social situé dans le département de Rodtas (il s’appelle Rhotas Education and Associated Programme – REAP) montrerait comment l’éducation de Dalits devient vraiment une activité évangélisatrice. Comme le mot Musahar lui-même dénote – vient de deux mots musa (rat) et ahar (nourriture) – le Musahars survivent en mangeant des rats. Ils font aussi l’élevage de porc et le travail agricole. Sur le plan économique ils dépendaient des hautes castes qui les manipulaient. Les femmes étaient des illettrées et aucun enfant n’allait à l’école.

Le REAP a apporté à son centre les groupes de 40 étudiants trois fois en une année, pendant une période de 20 jours. Un problème majeur de ces enfants était le manque d’image de soi. Par conséquent le centre a visualisé des programmes pour en faire des individus bien dans leur peau. Dès qu’ils sont arrivés on leur a fournis deux ensembles d’uniforme, une paire de chaussures, une photo et une carte d’identité. L’uniforme a beaucoup fait pour l’image de soi. Le contrôle médical et l’enregistrement de leur poids ont mis en valeur leur corps. On leur a appris l’histoire de Musahars, les statistiques de leur population, les noms de leurs héros mythiques, des personnes significatives contemporaines de leur communauté, etc. Les enfants ont été présentés à la bibliothèque et ceux qui ont lu le plus de pages ont recu un prix le dernier jour.

Un autre aspect de la personnalité de Musahars était le sentiment de l’intouchabilité. Le REAP a fait de telle sorte que l’intouchabilité n’existé pas dans le centre. A leur arrivée on a pu noter un regard soupçonneux vis-vis des autres et alors grâce au programme, leur distance soupçonneuse c’est lentement transformée en proximité physique. Ils ont commencé à se tenir près des animateurs, à serrer la main et à saluer les gens. Ils ont commencé à apprécier les jeux, qui ont rendu nécessaire un contact plus physique. Le dernier jour du programme des fonctionnaires de gouvernement, des chefs politiques et des chefs de service de l’éducation ont été invités afin que les étudiants aient une occasion de mélanger avec eux. Des journalistes et des groupes de télévision ont télédiffusé leurs programmes culturels. Ainsi le REAP leur a redonné une enfance normale. (J. Velamkunnel, Christian Commitment to Education of Dalits in India, Education as mission, 42-68)

En bref, la croix est devenue pour les Dalits un symbole qui permet de gagner l’identité et la dignité en tant que personnes humaines. Le peuple qui n’avait pas accès aux temples et aux Ecritures était heureux d’avoir le Christ, la Bible et une église dans le christianisme. Shri K.R. Narayanan, ancien président de l’Inde, est un Dalit et il a publiquement reconnu que c’était seulement grâce aux établissements éducatifs chrétiens qu’il a pu être éduqué à une époque où la discrimination de caste était importante dans la société.

5. Éducation des tribus

       Pour évaluer l’impact de l’éducation chrétienne chez les tribus nous analyserons le cas de Chotanagpur, Jharkhand (Inde du nord-est à l’Ouest du Bengale) d’aujourd’hui. Cette région est composée de 29 tribus et les tribus principales sont Santhals, Kharias, Mundas et Oraons. Ces habitants originaires de la région connue sous le nom de Khuntkattidas étaient innocents et accueillants. Mais ils étaient exploités par des Dikus, les hautes castes qui sont entrés dans leur secteur. Les Zamindars, les Thikedars ou les Jagirdars ont pris possession de leur terre et ils les ont trahies par le commerce. Ils ont été réduits au statut de travailleurs et de coolies. (J. Toppo, Education and Change among the Tribal Peoples of Jharkand, Education as Mission, 81-88)

C’est l’insurrection de Kol de 1831-32 qui a ouvert les yeux des Anglais sur la situation déplorable des tribus. La première école pour eux a été fondée en 1834 à Chotanagpur. Les missionnaires luthériens ont fondé des écoles à Ranchi en 1845 et l’Eglise Angleterre a crée l’école St. Paul’s à Ranchi en 1868. Les jésuites sont arrivés en 1869. Parmi eux Constant Lievens a  commencé le travail chez les Topra en 1885. Toutes les fois que Lievens a occupé sur un village son premier souci était de bâtir une chapelle et une école. Presque partout le même bâtiment, a été utilisé dans deux buts : prier et apprendre. Là les enfants ont appris leurs prières, catéchisme, ainsi que les sujets séculaires comme arithmétique, géographie, etc. L’évêque Oscar Severin a insisté sur le fait que dans n’importe quel nouveau secteur une école doit être construite d’abord, et seulement après une église. (L. Clarysse, Education in Chotanagpur, Constant Lievens and the Catholic Church in Chotanagapur, 54. 63)

       Les étudiants tribaux éduqués sont revenus dans leurs villages natals avec une confiance forte  et ils ont dépassé les étudiants d’hautes castes à plusieurs niveaux. Cela a mis le feu à reformuler la motivation pour l’éducation parmi les jeunes tribus. En 1907 le nombre d’écoles a augmenté jusqu’à 588. Les missionnaires ont commencé également l’éducation au commerce et à l’industrie dans les écoles. La menuiserie, forge noire, maçonnerie, tissage et la fabrication de tissu, le soin de récolte, les qualifications de production animale, médecine de fines herbes, etc.., ont été les sujets d’étude. En cinq ans, 30, 000 personnes se sont converties au christianisme. À cause des écoles de mission il y avait presque trois fois plus d’éduqués chez les tribus chrétiennes que chez les non Chrétiens. Aujourd’hui l’Eglise de Chotanagpur comporte d’environ 29 tribus avec environ 400 000 Protestants et 1.2 millions de Catholiques

       Les missionnaires sont souvent accusés d’avoir instruit les tribus simplement pour les convertir au christianisme. James Toppo s.j. l’ancien directeur de l’école à Ranchi, lui-même fils d’un tribal converti, se défend contre cette accusation. Il admet qu’il était difficile d’évangéliser les tribus sans les instruire. La foi sans éducation serait comme planter des arbres dans une terre aride sans prévoir d’eau. Selon lui, les tribus devaient abandonner leur vieille croyance afin de changer leur vie qui la maintenait en arrière par leurs superstitions et la crainte des esprits mauvais, qui existaient chez les ancêtres. Dans les villages où il y a des tribus convertis au christianisme en grand nombre  les hindoues d’hautes castes n’ont pas osé à imposer leur loi. Évidemment grâce à l’éducation, les milliers de tribus occupent des postes bien placés aux gouvernements et dans la société. (J. Toppo, Education and Change among the Tribal Peoples of Jharkand, Education as Mission 93-105)

6. Éducation des enfants pauvres

       En parlant  de l’éducation des pauvres nous voulons insister sur les efforts spéciaux accomplis par les établissements chrétiens pour intégrer les enfants les plus pauvres dans les écoles ordinaires en leur donnant un soutien  scolaire additionnel ou en donnant une instruction à ceux qui ont laissé tomber l’écoles à mi-parcours ou encore à ceux qui n’arrivent pas aller en classe régulièrement parce qu’ils travaillent. Prenons l’exemple de l’école de Loreto Day Sealdah à Kolkata. D’après la direction de cette école, les écoles chrétiennes ne sont pas vraiment chrétiennes si elles ne prennent pas en compte les enfants marginalisés. Donc elle admet délibérément 50 % d’enfants des milieux pauvres tous les ans. Parmi les 1400 étudiants réguliers 700 viennent de la rue et de bidonvilles. Parmi eux pour ceux qui ne peuvent pas suivre les classes régulièrement ils mettent en route un programme spécial. Les enfants intelligents sont formés pour être enseignants quand ils atteignent l’âge de dix ans. Ils enseignent à leur tour les enfants des rues. C’est comme une école dans l’école. (S. M. Cyril, Education for Transformation of Society, Education as Mission, 176-177)

       Autre initiative intéressante : les cours d’été. Pendant l’été ceux qui ont arrêté leurs études sont rassemblés et ils reçoivent des cours intensif. Après quelques semaines ils obtiennent un niveau leur permettant de rejoindre les écoles ordinaires. Ceci semble bien marcher. Au Tamil Nadu il y a des écoles spéciales qui s’appellent Grihini pour les jeunes villageoises qui ne peuvent pas se permettre d’aller à  l’école. On leur enseigne à l’hygiène, à gérer leur budget et à élever les enfants, etc. Une fois qu’elles ont terminé leur formation elles sont capable de gérer une famille de manière responsable et de s’occuper de l’éducation de leurs enfants. (F.P. Xavier, Future of Education, Education as Mission, 205-207)

7. Éducation technique ou professionnelle

Les missionnaires ont créée des écoles pour donner une formation technique  aux étudiants. La première de ces écoles a été ouverte à Aleppey, Kerala, en 1842, d’autres ont suivi à Kottayam, Thrissur et dans d’autres parties du pays. Dans le nord-est de l’Inde Rev. Le M.C. Mason en a ouverte une à Goalpara parmi les Garos. L’administrateur apostolique d’Asam a ouvert une école commerciale à Shillong en 1901. Les Salvatoriens qui étaient des experts en matière de menuiserie, de cordonnerie et de forge ont dirigé les jeunes Khasi dans les filières de commerces. En 1922 les Salésiens de John Bosco ont remis en route l’école de commerce à Shillong et plus tard à Guwahati. (G. Palackapilly, Christian Contribution to Education, Language and Literature, Christian Contribution to Nation Building, 86)

       L’école universitaire de la Communauté (Community College) fait une autre aventure dans l’éducation professionnelle. Avant de commencer l’école, on étudie d’abord le potentiel des emplois dans un secteur. Ensuite on forme des gens pour les adapter à la demande locale. Les cours sont assurés en collaboration avec le personnel des industries voisines. Ceci assure non seulement l’emploi pour l’étudiant mais également le travail de qualité aux industriels. Actuellement il y a environ 140 écoles professionnelles de ce genre en Inde principalement dans les Etats du Sud. (F. P. Xavier, Future of Education, Education as Mission, 205)

8. Donner le pouvoir aux femmes

Il semble qu’à l’époque Védique les femmes aient eu un statut social élevé et qu’elles l’ait perdu lorsque le brahmanisme est devenu dominant. Selon les règles établies par Manu au 2ème siècle avant notre ère les femmes n’avaient pas d’indépendance même dans leur propre maison. Dès l’enfance, une femme devait être soumise à son père, dans la jeunesse à son mari et quand le mari était mort à ses fils. Depuis la période des Anglais, l’éducation des femmes s’est développée en son importance. La première école pour les filles a été ouverte par les missionnaires au Kerala en 1819 à Kottayam et un an après à Aleppey. Depuis il y a des progrès dans l’éducation des femmes. (G. Palackapilly, Christian Contribution to Education, Language and Literature, Christian Contribution to Nation Building, 85)

Selon le recensement du 2001 le taux d’alphabétisation chez les femmes atteint 52 % dans le pays. Elles sont chef d’Etat dans des 26 Etats de l’Inde. Il y a de plus en plus de femmes qui assument des métiers qui étaient auparavant réservés uniquement aux hommes – cadre professionnel, armée, police, etc. Néanmoins la société actuelle reste patriarcale et discriminatoire. Elles sont traitées, comme image de beauté et de la femme au foyer, mais rarement comme des personnes. Selon les statistiques publiées par le Bureau d’Etude sur la Violence en Inde toutes les 26 minutes une femme est molestée, toutes les 42 minutes il y a un harcèlement sexuel et toutes les 34 minutes un viol. (Hindustan Times, 27 Novembre 2002)

Le programme d’autofinancement (Self Help Programme) mis en oeuvre par le diocèse d’Aleppey au Kerala est représentatif de l’éducation informelle qui a lieu parmi les femmes en Inde rurale. Chaque group SHP se compose de 10-20 familles. Il y a 175 groupes de ce type dans le diocèse d’Aleppey. Leur opération principale consiste à faire “une petite banque de crédit”. Chaque membre contribue RS 10 chaque semaine. La quantité recouvrée ainsi de chaque membre est déposée à la banque au compte du président et du secrétaire. Un prêt avec un petit intérêt est donné aux membres selon l’urgence du besoin et la disponibilité des fonds. Habituellement les banques leur donnent trois fois en dépôt. L’intérêt sur le prêt est le bénéfice aux membres. D’avril 2002 à mars 2003 toute la transaction a été faite pour un montant de Rs 16 millions i.e. environ 300, 000 E. A travers ces programmes les femmes apprennent à signer,  à écrire et lire, à faire des démarches de réunion, des transactions de banque et à développer des habitudes de gestion du budget familial. Comme les femmes apportent l’argent à la famille et qu’elles ont une certaine autonomie économique elles obtiennent plus de respect dans la famille et dans le voisinage. (A. Thottakara, Empowerment of Women through Education, Education as Mission, 148-150)

9. Éducation de Valeurs

L’éducation de valeur n’est pas un programme en soi. Les établissements chrétiens, dans toutes leurs activités cultivent des valeurs humaines et religieuses chez les étudiants. Pourtant quelques mouvements ont adopté l’éducation de valeurs comme leurs propres charismes. L’Institut national de Dharma Bharati, qui a été fondé le 16 juillet 1993 à Indore, est une telle O.N.G. C’est un contre- mouvement qui lutte contre les querelles ethniques, les émeutes communales, le terrorisme et les menaces de guerre. Eduquant la jeunesse aux valeurs de l’amour, de la fraternité, de la justice, de la paix, du partage, de la tolérance et du respect est le but du Dharma Bharati. C’est un programme de reconstruction nationale par la transformation personnelle des citoyens.

Le mouvement du Dharma Bharati a des buts à long terme et à court terme. Les buts à long terme sont de préparer la jeunesse à prendre des responsabilités dans leurs propres situations de vie; d’en faire des citoyens responsables qui travailleront pour l’harmonie inter-religieuse, la solidarité globale et la régénération de valeurs dans la nation. Le but à court terme est de transformer les attitudes de jeunes en valeurs humaines. Pour la transformation personnelle des individus il y a cinq voies à suivre. a) Dire une prière par jour pour la paix selon sa propre tradition religieuse ; b) se dispenser d’un repas par semaine pour exprimer sa solidarité avec l’affamé et pour contribuer à l’épargne des pauvres ; c) faire un bon acte par jour; d) honorer les parents, les enseignants et tous les êtres humains e) respecter la terre et sauvegarder ses ressources. (V. Alengaden, Dharma Bharati : A Movement with a Diffference to Build a Civilization of Love, Education for the Third Millennium, 209-215) Jusqu’an janvier 2003, le mouvement s’est répandu dans 600 écoles de 19 Etats de l’Inde. Plus de 400, 000 étudiants et 32, 000 professeurs ont jusqu’ici assisté aux programmes qui sont organisés par le dharma Bharati. 104 colloques ont été déjà organisés pour les chefs des établissements éducatifs. (Annual Report of Dharma Bharati Service Society from 1st April 2003 to 31 March 2004)

En conclusion nous voudrions faire les remarques suivantes :

a) Des établissements chrétiens ont été classés au premier rang en ce qui concerne le niveau d’études et les valeurs spirituelles et séculières.

b) Les écoles chrétiennes prêtent attention au développement intégral des étudiants à travers les activités de sport et de jeux, l’encouragement des talents en art, musique, danse, peinture, et l’écoute des étudiants.

c) Les étudiants sont également invités à devenir conscients des problèmes sociaux par le biais des stages et enquêtes faites dans les villages.

d) L’éducation des femmes est une priorité de l’éducation chrétienne. 50 % des écoles universitaires catholiques en Inde sont réservées aux femmes. Ceci aide les femmes à obtenir un travail dans les centres de soins,  dans la médecine, dans l’informatique, dans la pharmacie, dans la production alimentaire, dans les services administratifs et même dans l’ordre judiciaire.

e) L’Eglise donne de l’importance à l’éducation des illettrés et des opprimés. 70 % des écoles sont dans des secteurs ruraux où habitent les désavantagés.

f) Plus de 90 % des étudiants des établissements chrétiens sont non-chrétiens.

Partie III : Réflexions théologiques

Nous avons vu l’investissement énorme des chrétiens dans le domaine de l’éducation dans diverses régions de l’Inde. L’éducation est une affaire publique aujourd’hui. En plus des chrétiens, les Etats, les O.N.G. et les individus privés sont implantés sur le terrain de l’éducation. De quelle manière le service éducatif chrétien est-il alors spécial et unique ? Les établissements chrétiens sont-ils les canaux de l’évangélisation ? Les réflexions suivantes montreront que bien qu’il n’y ait aucune prédication directe de l’évangile dans les établissements chrétiens ils sont témoins des valeurs du royaume de Dieu et qu’ils remplissent ainsi la tache de la mission.

10. L’éducation est une activité évangélisatrice

Comme nous l’avons dit plus haut par mission nous indiquons tout ce que nous faisons pour promouvoir les valeurs du Royaume de Dieu inauguré par Jésus. Redemptoris Missio explique la nature de cette mission orientée vers le Royaume : travailler pour le Royaume signifie reconnaître et favoriser le dynamisme divin, qui est présent dans l’histoire humaine et la transforme. Construire le royaume signifie travailler pour la libération du mal dans toutes ses formes (n° : 15) Du coup, l’éducation est un service qui met en valeur le progrès du royaume de Dieu. Le RM dit la chose suivante : L’Eglise est efficacement et concrètement au service du royaume et cette mission inclut divers éléments comme le témoignage, la conversion, le dialogue inter-religieux, la promotion du développement humain, l’engagement à la justice et à la paix, l’éducation et le soin du malade et de l’aide aux pauvres et aux enfants. (n° : 20) Jésus a dit : “qui accueille en mon nom un enfant comme celui-là, m’accueille moi-même” (Mt 18, 5). L’éducation et le soin pour  enfants sont les constituants essentiels de l’évangélisation car ils jouent en le essentiel en favorisant l’amour de Dieu sur terre.

       La nature de l’enseignement de Jésus comme maître, indique également le lien étroit entre l’éducation et la mission. Kuttianimattathil constate que Jésus est nommé environ soixante fois comme maître dans les Evangiles. Même ses ennemis lui ont attribué ce titre “Maître, nous savons que tu es franc et que tu enseignes les chemins de Dieu en toute vérité, sans te laisser influencer par qui que ce soit, car tu ne tiens pas compte de la condition des gens.”(Mt 22, 16). Évidemment, Jésus n’était pas un enseignant qualifié comme les rabbins qui ont appris scientifiquement à interpréter les Ecritures. Il était plutôt un professeur charismatique qui a donné son message aux gens par un appel personnel. (J. Kuttianimattathil, Education is Mission : Some Considerations from the Perspectives of Theology, Education as Mission, 152-154)

La force de l’enseignement de Jésus était son caractère libérateur, remarque Soares-Prabhu. Son enseignement a libéré des personnes de l’avarice et de l’esprit concurrentiel. Son enseignement a renversé les structures qui favorisaient l’injustice et il a invité ses disciples travailler pour un monde nouveau où les hommes et les femmes vivraient ensemble comme frères et soeurs. Ceux qui ont accepté l’enseignement de Jésus sont devenus libres sur le plan psychique et spirituel. Cette libération interne est également le but de l’éducation. Celui-ci rend conscient les personnes de l’injustice et le guide à faire des actions de libération. Par conséquent, l’éducation authentique est par nature un acte d’évangélisation. (Soares-Prabhu, Biblical Themes for a Contextual Theology Today, 136-139)

Le lien fondamental entre l’évangélisation et l’éducation est également évident dans leur souci commun de promotion de la vie. Evangélisation signifie proclamation de la Bonne Nouvelle. La partie essentielle de cette bonne nouvelle est l’amour sans conditions de Dieu qui a été révélée en Jésus pour chaque être humain. (EN 27) L’Evangélisation ne sera alors pas complète si la Bonne Nouvelle n’est pas directement concernée par la vie des personnes. C’est pourquoi les évangiles contiennent les messages explicites concernant les différents aspects de la vie tels que les droits et devoirs humains, la vie de famille, la vie sociale, le développement, la paix, la justice, la libération, etc. (EN 29) La vie est un cadeau à célébrer. La Bonne Nouvelle apparaît sous la forme du pain aux affamés. Quand les maladies perturbent la vie, l’évangélisation prend la forme de santé. Quand la vie est perturbée par l’ignorance, l’évangélisation les touche par l’éducation. (T. P. Kalam, Animation et Evangelization in Catholic Educational Institutions, National Consultation on Education, 89-91)

De la même manière, le but de l’éducation est de donner la vie aux êtres humains. Etymologiquement parlant, le mot éducation vient du mot latin educare ou educere qui signifie « apporter vers le haut ». Beaucoup de définitions ont été données à l’éducation dont l’idée principale est bien dite par le Collier’s Encyclopaedia que voici: c’est un processus social par lequel une communauté, une société, ou une nation cherche à communiquer à la génération émergente les aspects traditionnels de sa culture qu’elle considère fondamentaux et essentiels pour sa propre stabilité et survie. (p. 564) En d’autres termes l’éducation vise à bâtir une société humaine juste par la formation de citoyens mûrs et responsables. Elle vise au changement intégral de la personne humaine pour être témoin des valeurs de l’égalité, de la justice, de la coopération, et de l’harmonie. Ainsi l’éducation par sa voie libératrice favorise la promotion de la vie, le même souci de l’éducation.

En bref, si par évangélisation nous voulons dire forcer les gens à adopter la foi l’éducation chrétienne ne peut pas être une voie de mission. D’autre part, si nous la comprenons dans un sens plus large en tant que notre contribution à faire du monde un endroit meilleur où  les êtres humains se libèrent de toutes sortes de servitude et apprécient la plénitude de la vie alors pouvons nous dire que l’éducation est l’évangélisation. Les documents de l’Eglise  soutiennent une telle mission d’éducation orientée vers le Royaume. Par exemple, le Concile  Vatican II Gravissimum Educationis dit : “L’école catholique, en s’ouvrant comme il convient au progrès du monde moderne, forme les élèves à travailler efficacement au bien de la cité terrestre. En même temps, elle les prépare à travailler à l’extension  du royaume de Dieu, de sorte qu’en s’exerçant à une vie exemplaire et apostolique, ils deviennent comme un ferment de salut de l’humanité”. (n° : 8)

Le document “Ecoles Catholiques” publiés par la Congrégation de l’Education Catholique en 1977, précise que les écoles catholiques assurent un service essentiel de l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui. Elles participent au dialogue culturel par des écoles, apportant sa propre contribution positive à toute formation humaine (n°: 15). La Constitution Apostolique « Ex Corde Ecclesiae » sur les universités catholiques par le pape Jean Paul II daté du 15 août 1990 indique : De par sa nature, chaque université catholique est un témoin institutionnel vivant au Christ et à son message, d’une manière extrêmement importante dans les cultures marquées par sécularisme, ou où le Christ et son message sont toujours pratiquement inconnus. Toutes les activités de base de l’université catholique sont reliées à et en harmonie avec la mission évangélisatrice de l’Eglise. (n°: 49). Le document “Personnes Consacrées et leur Mission dans les Ecoles” publié par la Congrégation de l’Education Catholique en 2002 rappelle que les personnes consacrées travaillant dans les écoles mènent à bien une mission ecclésiale qui est extrêmement importante puisque tandis qu’elles instruisent elles évangélisent également. (n°: 6)

Partie IV : Problèmes et défis

11. Manque d’infrastructure

Bien que les gouvernements, les groupes religieux et les agences privées aient pris beaucoup d’initiatives pour améliorer le niveau d’éducation, pourtant, sur les 600 mille villages en Inde il y a encore 102 mille villages sans école;

 29 % des villages manquent d’écoles primaires ;

77 % des villages manquent d’écoles secondaires

60 millions d’enfants n’ont jamais vu l’école

40 % des écoles ont des bâtiments sommaires et pas de tableau noir, etc..

60 % d’entre elles  n’ont pas de service d’hygiène et ni d’eau potable.

35 % des écoles fonctionnent seulement avec un enseignant

2937 n’existent seulement que sur le papier

L’Inde a la plus grande population illettrée du monde (424 millions). (P.Arockiadoss, Brief Analysis of the Education Policies, Education as Mission,18 : Bertille, Strategies in Primary and Secondary Catholic Education, Proceedings of the National Consultation on Education, 39, 48)

12. Politiques non équilibrées d’éducation

Les études prouvent également qu’il y a une grande disparité dans le système d’éducation indien.

– La moitié des enfants en Inde ne finissent pas l’école primaire tandis que le pays dans l’ensemble produit plus de diplômés qu’il ne peut employer.

– “L’état des enfants dans le monde en 1992”, un document de l’UNICEF, note que 50 % de toute la dépense du gouvernement indien sur l’éducation est utilisé pour subventionner les 10 % mieux-instruits “.

– Selon le Human Development Report 2001, parmi les 143 pays énumérés, l’Inde est en 104ème position en ce qui concerne la part du PNB dépensée en éducation

Est-ce que l’Eglise a pris en compte ces faits dans ses politiques éducatives ?

– Tandis que le taux de croissance d’établissements ecclésiaux augmentait de six à dix fois en général, il n’y a eu que des 25 % de croissance en nombre d’écoles primaires.

– 60 % de prêtres, 69 % de soeurs et 56 % de frères travaillent dans le sud de l’Inde où vit seulement 25 % de la population totale. (Bertille, , Strategies in Primary and Secondary Catholic Education, Proceedings of the National Consultation on Education, 31-35)

Tous ces points montrent que l’éducation primaire n’est pas le souci principal des chrétiens.

13. Education profite aux élites

Malgré les d’initiatives prises parmi les tribus, les dalits, et autres classes privées, le système d’éducation en Inde est essentiellement centré autour des élites et il est absent des besoins de la majorité du peuple. Il est évident que 80 % des étudiants qui sortent des universités viennent des 20 % des classes riches de la société indienne. C’est une minorité qui possède et gère les ressources du pays. Ceci perpétue un ordre social injuste avec la pauvreté, les inégalités, le chômage et le sous-développement de masses pauvres. (The Statement of the Seminar, Education for Social Change, 25-27) Le système actuel encourage les étudiants à accepter le conformisme, la sécurité, le prestige et l’entretien du statu quo. Il renforce toutes les structures injustes et va l’encontre de l’Inde rurale, où habitent 70 % de la population indienne. (Babu Mathew, A Joint Presentation: The Present Educational System, Education for Social Change, 14-20) Les institutions chrétiennes dans les villes ne sont pas privées de ce danger. On a pensé qu’en instruisant le riche on pourrait facilement conduire la société dans la bonne direction.  Mais parfois on doit humblement accepter que d’une part les étudiants qui ont été formés dans les établissements chrétiens sont devenu des oppresseurs et d’autre part à cause de leur association avec les riches, les écoles chrétiennes sont parfois devenues corrompues.

Dans ce cadre il faut souligner que ce type d’éducation crée de la frustration chez les tribus aussi. Ils estiment que leurs garçons sont aliénés du reste de leur société. Certains d’entre eux coupent des liens avec leurs familles et leurs villages après avoir trouvé un emploi. C’est parce que l’éducation est superposée à la culture des tribus dans sa structure et son contenu. Les livres font rarement appel aux milieux culturels des tribus. Ils doivent d’abord fournies  les informations concernant leurs propres communautés, vie de village, organismes sociaux, croyance et pratiques et puis passer à la scène nationale. (N. Hasnain, Tribal India Today, 128-129)

14. L’éducation professionnelle coûte une fortune au public

La vague de la commercialisation de l’éducation a pratiquement éclipsé le but des établissements chrétiens qui ont été fondés pour l’éducation des pauvres. Plusieurs des nouveaux cours présentés dans les universités ne sont pas gratuits. Les gouvernements ne donnent pas de bourses. Donc les étudiants doivent payer chère pour la formation professionnelle qui donne accès à un bon emploi. Par conséquent, l’éducation des pauvres devient impossible. Les établissements chrétiens sont dans un dilemme : intégrer les pauvres ou diriger les établissements avec l’aide de ceux qui peuvent payer l’éducation ?

15. L’opposition des communalistes hindous

Le caractère séculier d’éducation qui a été assidûment sauvegardé dans la période post-coloniale est mise en danger par l’interférence croissante des nationalistes hindous aujourd’hui. On s’en rend compte en examinant le programme d’étude préparée pour l’éducation à l’école en 2000 par le gouvernement central mené par le BJP. Il y a une tentative d’imposer leur idéologie monolithique sur le système éducatif. Les écoles sont soumises à des impôts exorbitants sur l’emploi et sur le revenu de l’école. Ils interviennent dans l’admission des étudiants et dans la nomination des enseignants. Parfois il est difficile d’obtenir le permis pour démarrer de nouvelles écoles. Des motifs chrétiens sont remis en cause dans les secteurs ruraux alors que ces agents de l’Hindutva veulent bien profiter des établissements chrétiens dans les villes. Cela explique le grand besoin de renforcer la culture séculière afin de cultiver un esprit de bonne entente inter-religieuse chez les  étudiants et d’éviter de tomber dans les préjugés et la haine.

Conclusion

Pour presque 97 % d’Indiens, le seul contact avec le christianisme se fait par des écoles, des universités et des hôpitaux dirigés par les Chrétiens. Par conséquent, une des manières décisives pour diffuser les valeurs de l’Evangile, est, sans aucun doute, l’éducation en Inde. Il est difficile d’imaginer que les hindous se convertiront au christianisme dans un avenir proche, mais ils accueilleront des initiatives éducatives chrétiennes qui les rendent plus humains et religieux. C’est pourquoi le Swami Vivekananda disait aux étrangers : “Le seul service à faire aux Indiens est de donner une éducation afin qu’ils développent leur personnalité. Si on leur donne des idées, leurs yeux seront ouverts à ce qui se passent autour d’eux, ils découvriront alors leur propre salut.” Malgré les difficultés rencontrées, les chrétiens en Inde continueront leurs services éducatifs car l’éducation est le moyen le plus efficace pour l’Eglise de devenir un catalyseur de changement social et de justice dans la société indienne.

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Annual Report of Dharma Bharati service society from 1st April 2003 to 31 March 2004

Hindustan Times

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3 replies »

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