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ഭരണങ്ങാനം / Bharananganam

360 Degree View of St Alphonsa Pilgrim Center, Bharanaganam, Kerala, India

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ഫൊറോന പള്ളി, അവിടെ ഒരുക്കിയിട്ടുള്ള മ്യൂസിയം.

Education comme Evangélisation en Inde

Colloque organisé par l’AFUI et l’ISTR sur L’Inde et le fait Chrétien  le 19 Octobre 2005

A la Salle de l’Horticulture, 84 rue de Grenelle, Paris-7.

Education comme Evangélisation en Inde

Dr Vincent Kundukulam
Dr Vincent Kundukulam

KUNDUKULANGARA Vincent

Introduction

Tout d’abord permettez-moi de remercier sincèrement les responsables de l’AFUI et de l’ISTR qui m’ont fait venir d’Inde pour participer à ce colloque. Ils ont tout à fait raison car comment fait-on un colloque sur l’Inde sans avoir les Indiens comme  interlocuteurs ? Tous ceux qui travaillent pour le bien-être de l’humanité sont intéressés au service de l’éducation car d’une part le futur de tout pays dépend du progrès de l’éducation et d’autre part l’éducation est l’instrument le plus efficace pour assurer l’égalité entre les hommes. J’espère que cette réflexion sur le service éducatif chrétien en Inde nous ouvrira de nouveaux horizons et nous aidera à faire un pas en avant dans nos efforts de développer un monde meilleur.

Le Père Rossignol nous a très bien présenté l’histoire de l’évangélisation en Inde et Dr. Jeyaraj a fait un exposé enrichissant tout en expliquant les soucis, le succès, la peine, la joie et les défis que les missionnaires expérimentent lorsqu’ils essayent d’enraciner le christianisme dans le pays. Le sujet de mon intervention dans ce colloque est l’éducation comme évangélisation en Inde. En d’autres termes je vais expliquer les divers types de services éducatifs entrepris par l’église en Inde hier et aujourd’hui, mettre en évidence les problèmes qui existent dans le service de l’éducation en général et montrer également comment les initiatives chrétiennes dans ce domaine deviennent une manière d’annoncer l’évangile dans le sous-continent indien.

Je vais diviser cet exposé en quatre parties. Nous commencerons par un bref aperçu de l’histoire de l’éducation en Inde de la période Védique à notre ère contemporaine. Après nous verrons en détail les divers types des services éducatifs faits par les chrétiens parmi les différentes catégories de la population indienne. Dans la troisième partie nous verrons comment ce service éducatif devient une mission évangélisatrice. Nous conclurons avec les défis que les établissements éducatifs chrétiens relèvent en Inde, un pays qui est profondément affecté par le mondialisation et le nationalisme hindou.

Clarifications des termes

Education: Aujourd’hui on parle de l’éducation à deux niveaux différents: l’éducation ordinaire ou formelle et l’éducation informelle ou non-formelle. L’éducation formelle est synonyme de l’enseignement conventionnel à travers les écoles. Dans un sens plus large tout ce qu’on fait pour élever les hommes à la perfection de la nature humaine est compris aujourd’hui en Inde comme éducation informelle ou non-formelle. Par exemple, le travail d’alphabétisation des adultes, l’éducation donnée hors d’écoles ordinaires, etc. Ces deux formes d’éducation sont intimement liées car les deux préparent l’individu à être de bons citoyens. (Collier’s Encyclopedia, 582) Dans ce colloque nous utiliserons ce terme dans son sens plus large.

Evangélisation: Que voulons-nous dire par l’évangélisation ? Jusqu’à un temps récent, mission ou évangélisation a été comprise par l’Eglise catholique comme l’annonce explicite de Jésus Christ et de son Evangile dans les pays païens et lointains et l’implantation des églises pour les baptisés. Mais aujourd’hui plus que cette vision écclésio-centrique ce qui est mis en valeur est une mission centrée sur le Royaume de Dieu. Cette mission n’exclut pas le baptême, pourtant on y donne l’importance à répandre les valeurs du règne de Dieu à travers le combat pour la justice, les efforts pour améliorer la bonne entente inter-religieuse, le développement, etc. partout où les Chrétiens sont en mission. Ici nous parlerons de l’évangélisation avec ce sens actuel du terme.

Partie 1 : Un Aperçu Historique

L’histoire de l’éducation en Inde est longue car l’Inde a un passé très ancien. Pour des raisons pratiques je la divise en trois périodes: périodes antiques, période occidentale et période après l’indépendance. Nous les étudierons brièvement excepté la période occidentale parce que l’Inde actuelle doit beaucoup à l’éducation occidentale pour ce qu’elle est aujourd’hui.

1. L’époque ancienne

L’impact le plus ancien de l’éducation en Inde était celui de la civilisation aryenne, qui a dû entrer dans ce pays entre 1500 et 1200 avant notre ère. Pendant la période aryenne l’éducation a été principalement donnée aux classes sacerdotales et plus tard aux kshatriyas (des nobles et des guerriers) et aux vayshiya (des agriculteurs et des commerçants). L’apprentissage était très lent car les étudiants devaient en même temps travailler pour leur professeur à la maison et dans le champ. Ils étudiaient lors de leur temps libre. Par conséquent l’étude d’un Veda prenait 12 ans et ainsi seulement quelques uns pouvaient achever leurs études. Le deuxième impact était celui du bouddhisme. Les systèmes d’éducation brahmanique et bouddhistes étaient presque semblables mais le bouddhisme a ouvert l’éducation à toutes les castes. Pourtant puisque les cours ont été tenus dans les monastères le public n’a pas pu en profiter. Alors est venue l’éducation musulmane au 10ème siècle de notre ère qui a eu lieu dans les madrasah, les écoles primaires attachées aux mosquées. Ces établissements étaient principalement pour Musulmans et donc n’ont pas eu un impact sur le public. (Education in India, 5-18)

         Parmi les systèmes d’éducation antiques en Inde ce qui avait le plus marqué l’ensemble de l’Inde était celui des Brahmanes. Mais alors on peut se demander pourquoi  le système Brahmane n’a pas eu de succès à l’époque moderne ? Je pense que le souci du monde céleste a fait que les éducateurs hindous se sont éloignes du contact avec la vie ordinaire. Pour certaines écoles de la philosophie indienne le monde terrestre est une illusion ou Maya. Le Bhagavad Gita, II dit : “l’homme qui chasse de soi tout désir et marche sans désir, sans la pensée du moi, hérite la paix” Les bonnes actions aussi bien que les mauvaises contribueront à la prolongation du cycle des naissances. La vraie sagesse est le pouvoir de libérer les âmes des chaînes mondaines. Par conséquent les Brahmanes ne pouvaient pas être intéressés à l’étude des sciences modernes qui favorisent l’attachement au monde en s’abstenant ainsi au moksha. (A History of Education in India and Pakistan, 183- 189)

2. La période occidentale

Les écoles ordinaires ont démarré en Inde d’abord pour les enfants d’Européens qui ont habité le pays. Ainsi une première école, celle de Santa Fe School est ouverte à Goa (1540) par les franciscains et plus tard d’autres écoles de missionnaire à Bassein (Vasai) en 1546, à Cochin en 1549, à Punnaicayil au Tamil Nadu en 1567, à Madurai en 1595, à Pondichéry en 1713 et une école tamoule à Ellacurichi au Tamil Nadu en 1731. (G. Palackapilly, Christian Contribution to Education, Language and Literature, Christian Contribution to Nation Building, 84). En 1784 le Gouverneur Warren Hastings a établi un Madrasa pour l’éducation des garçons musulmans à Calcutta et en 1791 Jonathan Duncan, le résidant britannique à Bénarès a ouvert une école universitaire de Sanskrit. Le but de ces écoles était de former des hommes capables d’interpréter les lois musulmanes et hindoues qui étaient nécessaires dans l’administration de la justice. (A History of Education in India and Pakistan, 197-199)

On reproche souvent aux Anglais d’avoir eu des intérêts personnels dans l’éducation des Indiens puisqu’ils ont ouvert les écoles en vue de former les secrétaires nécessaires pour leur administration. Ceci peut ne pas être entièrement vrai parce que ce n’était pas le seul but de ceux qui avaient pris des initiatives dans le domaine éducatif. Par exemple, Macaulay, le membre du Comite pour  la loi du gouvernement Indien de l’époque avait exprimé en Chambre des Communes comme suit : “sommes-nous pour maintenir le peuple de l’Inde ignorant afin que nous puissions les maintenir dociles ? Ou voulons-nous les laisser sans le passage légitime après avoir éveillé chez eux l’ambition? Il se peut que l’esprit public de l’Inde puisse augmenter sous notre système jusqu’à ce qu’il le dépasse” (Education in India, 22)

En 1792 en renouvelant la charte d’East India Company, Wilberforce, le chef de la partie évangélique, a demandé à la Cour des directeurs d’envoyer des professeurs de temps en temps en l’Inde pour la promotion de la connaissance des habitants. En 1857, la Cour des directeurs a créé des universités à Calcutta, à Bombay et à Madras sur le modèle de l’université de Londres. (Education in India, 21-24) Lorsque les Britanniques ont quitté l’Inde il y avait environ 196.000 institutions de formation. (A History of Education in India and Pakistan 212; Pour étude  plus approfondie de la contribution de la période britannique à l’éducation voir également A..A. Zellner, Education in India, New York : Bookman Associates, 1951 ; S.N. Mukerji, History of Education in India, Baroda : Acharya Book Depot, 1957)

Les efforts du gouvernement dans le domaine de l’éducation ont été renforcés par les missionnaires en créant des écoles et des collèges dans les villes et les villages. Indépendamment des établissements éducatifs les missionnaires ont un vif l’intérêt pour étudier les cultures, les religions et les langues régionales et communiquer leurs résultats au monde extérieur. Les premiers dictionnaires et grammaires modernes et les alphabets d’un grand nombre de langues et de dialectes indiens doivent leur existence aux missionnaires.

Examinons le brièvement dans les Etats différents de l’Inde.  En Inde du nord les services éducatifs chrétiens ont débuté avec la mission du Tibet en 1704 et plus efficacement avec l’établissement de l’archidiocèse d’Agra en 1886, la mère de tous les diocèses du nord de l’Inde. Les 13 diocèses qui existent dans le nord ont entrepris des campagnes d’alphabétisation dans leurs villages. Il y a presque 800 écoles Catholiques y compris primaires et secondaires et cinq écoles universitaires dans cette région. (P. Celestine, Christianity in Northern India, Indian Christian Directory, 98-99)

Grâce aux jésuites portugais, Mission Etrangère de Paris et églises protestantes le taux d’alphabétisation et en particulier des femmes ont été élevé dans les sept états sœurs du nord-est de l’Inde:  Arunachal Pradesh 42 % ; Assam 53.42 %; Manipur 60.96 %; Meghalaya 48.26 % Mizoram 82. 27 % et Tripura 60.39 %. (J. Puthenpurakal, The Rising Sun: Christianity’s Contribution to India’s North Eastern Region, Indian Christian Directory, 107-110). Les baptistes et les presbytériens ont contribué à la formation du dictionnaire Assamese-Anglais, la grammaire et les manuscrits de la langue d’Assamese, alphabet de Khasi, la langue de Garo, le dictionnaire de Naga, prose bengali, etc. (G. Palackapilly Christian Contribution to Education, Language and Literature, Christian Contribution to Nation Building, 91-92.)

Dans différentes régions de l’Ouest de l’Inde notamment à Goa, Bassein, Bandra, Bombay et Gujerat les initiatives éducatives ont été commencé par les jésuites portugais. Sous la direction d’évêque Hartman (1850ff) une école primaire a été attachée à chaque paroisse à Bombay. La diffusion des écoles primaires dans les villages éloignés de Bombay doit considérablement aux missions protestantes. Jyotiba Phuel ancien étudiant d’école écossaise à Pune a lancé le premier mouvement non-Brahmin contre la pratique de caste en Inde. (M. D. David, Christianity in Western India, Indian Christian Directory, 114-115)

Le progrès éducatif s’est produit dans la côte est de l’Inde – du Bihar, du Madhya Pradesh et de l’Orissa – par la mission de Tibet-Hindustan (1707), la mission de Bettiah (1707-1745) et la mission du Népal (1715-1769). L’influence de l’éducation parmi les chrétiens de Bettiah qui  appartenaient aux castes élevées et moyennes et qui forment maintenant une communauté autour 13, 000 membres était si significative que dans les années 90 qu’ils étaient tous alphabétises. Leurs métiers ont changé de les traditionnels en les travaux de secrétaire, d’enseignants et de cadre professionnels. En tout dans ces trois Etats l’église a 36 écoles universitaires, 384 lycées, 555 collèges, 615 écoles primaires et 300 centres d’éducation professionnelle. (J. Kalapura, Dignit Re-discovered :Christians in Eastern India, Indian Christian Directory, 102-104)

Venons à l’Inde du sud, au Kerala. Quand les Portugais y sont arrivé au 15ème siècle il y avait des écoles conduites par tous les Hindous et pour les chrétiens. C’est évident des décrets adoptés par le synode d’Diamper selon lequel on devait déplacer les sanctuaires maintenus dans les écoles chrétiens pour les étudiants hindous et qui accordait la permission aux enfants chrétiens d’aller à des écoles hindoues mais sans montrer n’importe quelle vénération à des idoles. L’éducation occidentale a été présentée par les Prussian missionnaires, The Church Missionary Society (CMS) et de Basel German Evangelical Mission. Selon les statistiques en 1901 le taux d’instruction chez les femmes au Kerala était déjà 31 sur 100 tandis qu’il était 1 sur 1000 à Gwalior et 11 sur 1000 à Bombay. En 1901 les chrétiens avaient déjà 1920 écoles au Kerala. (C.V. Cherian, Kerala-Empowernment through Enlightenment, Indian Christian Directory, 130-131). En ce qui concerne la langue de Malayalam, son premier dictionnaire est fait par un missionnaire allemand John Ernetus Hanxleden, connu sous le nom d’Arnold Padiri ; la première grammaire par l’évêque Anjelo Francis de Verapoly et le Nigantu Malayalam-Anglais  par Hermann Gundert. (A. Sreedhara Menon, A Survey of Kerala History, 339-340)

Au Tamil Nadu, les missionnaires comme Robert de Nobili, Constantius Joseph Beshi, Bartholomew Ziegenbalg, G.U. pape, Robert Caldwell, ont travaillé à la prose tamoule moderne, au premier lexicographe scientifique du Tamoul, aux dictionnaires Tamoule, Latin-Tamoul, et Portuguese-Tamoul, une grammaire comparative des langues Dravidiennes du sud, etc… (G. Palackapilly, Christian Contribution to Education, Language and Literature, Contribution to Nation Building, 93-94)

Au Karnataka les dominicains, The Church Missionary Society et The Basel Mission ont commencé des écoles. Le Vicaire apostolique de Mysore Msgr. Charbonneaux MEP en collaboration avec les soeurs du Bon Berger a commencé des écoles à Mysore, Bangalore, Bellary, Kolar, Udipi, et par l’année 1895 elles ont eu 77 établissements éducatifs à la mission de Mysroe pour des étudiants venant toutes castes. Ils ont écrit des livres de grammaire et les dictionnaires de Kannada. La Presse catholique qui a été commencé par le Msgr. Etienne Charbonnaux à Bangalore a facilité la publication des littératures de kannada. (T. Anchukandam, Christian Contribution to Karnataka, Indian Christian Directory, 116-119) ]

Résumons l’impact des missionnaires européens sur l’éducation des Indiens en disant qu’il a créé une grande révolution dans la mentalité indienne. Les idées occidentales de la liberté, l’égalité et la dignité humaine ont agi en tant qu’agent catalytique et provoqué un changement social radical dans le pays. Citons à ce propos Les historiens éminents comme R.C. Majumdar a dit la chose suivante : “Si nous devons choisir un facteur qui a aidé plus que d’autres à la grande transformation de l’Inde au 19ème siècle sans n’importe quel point d’hésitation on peut dire que c’est l’éducation anglaise” (R.C. Majumdar (ed.), The History and Culture of the Indian People, X.31) Selon Syed Nurullah et J. P. Naik, les deux auteurs célèbres de l’histoire de l’éducation en Inde, l’acquis le plus important de l’éducation britannique était de présenter à l’Inde la langue et la littérature européenne et à travers elles toute la pensée, le développement industriel et scientifique, et la philosophie sociale et politique de l’ouest. L’éducation anglaise a libéré l’esprit indien des idées archaïques et a créé la base de la Renaissance indienne. L’Inde doit l’étude scientifique et critique de sa propre culture antique aux européens. L’ouest est également responsable du réveil de plusieurs tendances humanistes telles que la croisade contre l’intouchabilité et l’esprit du service social. (A History of Education in India, 865-867)

3. Après l’indépendance

À l’heure de l’indépendance seulement 14 % de la population était instruite et seulement un enfant sur trois était inscrit dans une école primaire. (Government of India, Ministry of I & B, India 1995, p. 79) La Constitution Indienne a déclaré dans son article 45 déclarant que l’Etat essayera d’assurer une éducation obligatoire pour tous les enfants jusqu’à l’âge de quatorze ans. Depuis, plusieurs commissions telles que la Commission pour L’université sous la présidence de Dr. Radhakrishnan en 1948, la Commission pour L’éducation Secondaire sous la présidence de Dr. S. Lakshmanasamy Mudaliar en 1952 et la Commission d’Education sous la présidence de Dr. D.S. Kothari ont été nommées pour aborder le problème de l’éducation. En juillet 1993 la Cour suprême a déclaré l’éducation élémentaire comme droit fondamental : Chaque citoyen du pays a droit à une éducation gratuite jusqu’à l’âge de 14 ans”. Le Gouvernement central et ceux des Etats ont pris des mesures pour l’expansion des écoles élémentaires. En conséquence le taux d’instruction a atteint jusqu’à 62 % en 1997.

Partie II : Différents types de services éducatifs

Si les chrétiens sont respectés en Inde c’est non en raison de leur croyance religieuse, mais à cause de leurs établissements éducatifs et leurs services de santé. Les établissements éducatifs jouent comme une porte d’entrée pour les chrétiens pour créer un bon rapport véritable avec la société. Les chrétiens sont seulement 2.34 % de la population indienne mais, leurs institutions assurent

5 % de l’éducation primaire,

10 % de l’éducation et de santé,

25 % des soins  des orphelins et des veuves

30 % des soins aux handicapés mentaux et physiques, lèpres et les victimes des SIDAS. (Alain De Lastic, Inaugural Speech, Proceedings of the National Consultation on Education, 9. 48.)

Selon le Catholic Directory of India 1994 les Catholiques qui représentent 1.68 % de la population indienne dirigent 17, 000 établissements éducatifs.

3.785 écoles maternelles

 7.319 écoles primaires

3.765 écoles secondaires

1500 professionnelles et écoles techniques

175 écoles universitaires

2 universités de technologie et

2 universités médicales. Maintenant nous pouvons voir de près les différentes initiatives prises par les églises pour l’éducation des tribus, des dalits, des femmes, des pauvres enfants, etc.

4. Éducation des Dalits (intouchables)

Durant l’époque des Britanniques, éducation et évangélisation étaient extrêmement liées chez les Dalits, la classe la plus opprimée de la société indienne. Les missionnaires ont ouvert des écoles et les Dalits ont perçu la conversion comme un moyen efficace d’acquérir une bonne éducation. Le mouvement de conversion des Pulayas (groupe d’intouchables) en 1930 au Kerala était un exemple. Peu après la conversion les Pulayas chrétiens ont créé leurs propres écoles qui sont devenues si prestigieuses que même les autres, les hautes castes ont envoyé leurs enfants dans ces écoles.

Le programme éducatif réalisé chez les Musahars, un groupe de Dalit du Bihar, par le centre social situé dans le département de Rodtas (il s’appelle Rhotas Education and Associated Programme – REAP) montrerait comment l’éducation de Dalits devient vraiment une activité évangélisatrice. Comme le mot Musahar lui-même dénote – vient de deux mots musa (rat) et ahar (nourriture) – le Musahars survivent en mangeant des rats. Ils font aussi l’élevage de porc et le travail agricole. Sur le plan économique ils dépendaient des hautes castes qui les manipulaient. Les femmes étaient des illettrées et aucun enfant n’allait à l’école.

Le REAP a apporté à son centre les groupes de 40 étudiants trois fois en une année, pendant une période de 20 jours. Un problème majeur de ces enfants était le manque d’image de soi. Par conséquent le centre a visualisé des programmes pour en faire des individus bien dans leur peau. Dès qu’ils sont arrivés on leur a fournis deux ensembles d’uniforme, une paire de chaussures, une photo et une carte d’identité. L’uniforme a beaucoup fait pour l’image de soi. Le contrôle médical et l’enregistrement de leur poids ont mis en valeur leur corps. On leur a appris l’histoire de Musahars, les statistiques de leur population, les noms de leurs héros mythiques, des personnes significatives contemporaines de leur communauté, etc. Les enfants ont été présentés à la bibliothèque et ceux qui ont lu le plus de pages ont recu un prix le dernier jour.

Un autre aspect de la personnalité de Musahars était le sentiment de l’intouchabilité. Le REAP a fait de telle sorte que l’intouchabilité n’existé pas dans le centre. A leur arrivée on a pu noter un regard soupçonneux vis-vis des autres et alors grâce au programme, leur distance soupçonneuse c’est lentement transformée en proximité physique. Ils ont commencé à se tenir près des animateurs, à serrer la main et à saluer les gens. Ils ont commencé à apprécier les jeux, qui ont rendu nécessaire un contact plus physique. Le dernier jour du programme des fonctionnaires de gouvernement, des chefs politiques et des chefs de service de l’éducation ont été invités afin que les étudiants aient une occasion de mélanger avec eux. Des journalistes et des groupes de télévision ont télédiffusé leurs programmes culturels. Ainsi le REAP leur a redonné une enfance normale. (J. Velamkunnel, Christian Commitment to Education of Dalits in India, Education as mission, 42-68)

En bref, la croix est devenue pour les Dalits un symbole qui permet de gagner l’identité et la dignité en tant que personnes humaines. Le peuple qui n’avait pas accès aux temples et aux Ecritures était heureux d’avoir le Christ, la Bible et une église dans le christianisme. Shri K.R. Narayanan, ancien président de l’Inde, est un Dalit et il a publiquement reconnu que c’était seulement grâce aux établissements éducatifs chrétiens qu’il a pu être éduqué à une époque où la discrimination de caste était importante dans la société.

5. Éducation des tribus

       Pour évaluer l’impact de l’éducation chrétienne chez les tribus nous analyserons le cas de Chotanagpur, Jharkhand (Inde du nord-est à l’Ouest du Bengale) d’aujourd’hui. Cette région est composée de 29 tribus et les tribus principales sont Santhals, Kharias, Mundas et Oraons. Ces habitants originaires de la région connue sous le nom de Khuntkattidas étaient innocents et accueillants. Mais ils étaient exploités par des Dikus, les hautes castes qui sont entrés dans leur secteur. Les Zamindars, les Thikedars ou les Jagirdars ont pris possession de leur terre et ils les ont trahies par le commerce. Ils ont été réduits au statut de travailleurs et de coolies. (J. Toppo, Education and Change among the Tribal Peoples of Jharkand, Education as Mission, 81-88)

C’est l’insurrection de Kol de 1831-32 qui a ouvert les yeux des Anglais sur la situation déplorable des tribus. La première école pour eux a été fondée en 1834 à Chotanagpur. Les missionnaires luthériens ont fondé des écoles à Ranchi en 1845 et l’Eglise Angleterre a crée l’école St. Paul’s à Ranchi en 1868. Les jésuites sont arrivés en 1869. Parmi eux Constant Lievens a  commencé le travail chez les Topra en 1885. Toutes les fois que Lievens a occupé sur un village son premier souci était de bâtir une chapelle et une école. Presque partout le même bâtiment, a été utilisé dans deux buts : prier et apprendre. Là les enfants ont appris leurs prières, catéchisme, ainsi que les sujets séculaires comme arithmétique, géographie, etc. L’évêque Oscar Severin a insisté sur le fait que dans n’importe quel nouveau secteur une école doit être construite d’abord, et seulement après une église. (L. Clarysse, Education in Chotanagpur, Constant Lievens and the Catholic Church in Chotanagapur, 54. 63)

       Les étudiants tribaux éduqués sont revenus dans leurs villages natals avec une confiance forte  et ils ont dépassé les étudiants d’hautes castes à plusieurs niveaux. Cela a mis le feu à reformuler la motivation pour l’éducation parmi les jeunes tribus. En 1907 le nombre d’écoles a augmenté jusqu’à 588. Les missionnaires ont commencé également l’éducation au commerce et à l’industrie dans les écoles. La menuiserie, forge noire, maçonnerie, tissage et la fabrication de tissu, le soin de récolte, les qualifications de production animale, médecine de fines herbes, etc.., ont été les sujets d’étude. En cinq ans, 30, 000 personnes se sont converties au christianisme. À cause des écoles de mission il y avait presque trois fois plus d’éduqués chez les tribus chrétiennes que chez les non Chrétiens. Aujourd’hui l’Eglise de Chotanagpur comporte d’environ 29 tribus avec environ 400 000 Protestants et 1.2 millions de Catholiques

       Les missionnaires sont souvent accusés d’avoir instruit les tribus simplement pour les convertir au christianisme. James Toppo s.j. l’ancien directeur de l’école à Ranchi, lui-même fils d’un tribal converti, se défend contre cette accusation. Il admet qu’il était difficile d’évangéliser les tribus sans les instruire. La foi sans éducation serait comme planter des arbres dans une terre aride sans prévoir d’eau. Selon lui, les tribus devaient abandonner leur vieille croyance afin de changer leur vie qui la maintenait en arrière par leurs superstitions et la crainte des esprits mauvais, qui existaient chez les ancêtres. Dans les villages où il y a des tribus convertis au christianisme en grand nombre  les hindoues d’hautes castes n’ont pas osé à imposer leur loi. Évidemment grâce à l’éducation, les milliers de tribus occupent des postes bien placés aux gouvernements et dans la société. (J. Toppo, Education and Change among the Tribal Peoples of Jharkand, Education as Mission 93-105)

6. Éducation des enfants pauvres

       En parlant  de l’éducation des pauvres nous voulons insister sur les efforts spéciaux accomplis par les établissements chrétiens pour intégrer les enfants les plus pauvres dans les écoles ordinaires en leur donnant un soutien  scolaire additionnel ou en donnant une instruction à ceux qui ont laissé tomber l’écoles à mi-parcours ou encore à ceux qui n’arrivent pas aller en classe régulièrement parce qu’ils travaillent. Prenons l’exemple de l’école de Loreto Day Sealdah à Kolkata. D’après la direction de cette école, les écoles chrétiennes ne sont pas vraiment chrétiennes si elles ne prennent pas en compte les enfants marginalisés. Donc elle admet délibérément 50 % d’enfants des milieux pauvres tous les ans. Parmi les 1400 étudiants réguliers 700 viennent de la rue et de bidonvilles. Parmi eux pour ceux qui ne peuvent pas suivre les classes régulièrement ils mettent en route un programme spécial. Les enfants intelligents sont formés pour être enseignants quand ils atteignent l’âge de dix ans. Ils enseignent à leur tour les enfants des rues. C’est comme une école dans l’école. (S. M. Cyril, Education for Transformation of Society, Education as Mission, 176-177)

       Autre initiative intéressante : les cours d’été. Pendant l’été ceux qui ont arrêté leurs études sont rassemblés et ils reçoivent des cours intensif. Après quelques semaines ils obtiennent un niveau leur permettant de rejoindre les écoles ordinaires. Ceci semble bien marcher. Au Tamil Nadu il y a des écoles spéciales qui s’appellent Grihini pour les jeunes villageoises qui ne peuvent pas se permettre d’aller à  l’école. On leur enseigne à l’hygiène, à gérer leur budget et à élever les enfants, etc. Une fois qu’elles ont terminé leur formation elles sont capable de gérer une famille de manière responsable et de s’occuper de l’éducation de leurs enfants. (F.P. Xavier, Future of Education, Education as Mission, 205-207)

7. Éducation technique ou professionnelle

Les missionnaires ont créée des écoles pour donner une formation technique  aux étudiants. La première de ces écoles a été ouverte à Aleppey, Kerala, en 1842, d’autres ont suivi à Kottayam, Thrissur et dans d’autres parties du pays. Dans le nord-est de l’Inde Rev. Le M.C. Mason en a ouverte une à Goalpara parmi les Garos. L’administrateur apostolique d’Asam a ouvert une école commerciale à Shillong en 1901. Les Salvatoriens qui étaient des experts en matière de menuiserie, de cordonnerie et de forge ont dirigé les jeunes Khasi dans les filières de commerces. En 1922 les Salésiens de John Bosco ont remis en route l’école de commerce à Shillong et plus tard à Guwahati. (G. Palackapilly, Christian Contribution to Education, Language and Literature, Christian Contribution to Nation Building, 86)

       L’école universitaire de la Communauté (Community College) fait une autre aventure dans l’éducation professionnelle. Avant de commencer l’école, on étudie d’abord le potentiel des emplois dans un secteur. Ensuite on forme des gens pour les adapter à la demande locale. Les cours sont assurés en collaboration avec le personnel des industries voisines. Ceci assure non seulement l’emploi pour l’étudiant mais également le travail de qualité aux industriels. Actuellement il y a environ 140 écoles professionnelles de ce genre en Inde principalement dans les Etats du Sud. (F. P. Xavier, Future of Education, Education as Mission, 205)

8. Donner le pouvoir aux femmes

Il semble qu’à l’époque Védique les femmes aient eu un statut social élevé et qu’elles l’ait perdu lorsque le brahmanisme est devenu dominant. Selon les règles établies par Manu au 2ème siècle avant notre ère les femmes n’avaient pas d’indépendance même dans leur propre maison. Dès l’enfance, une femme devait être soumise à son père, dans la jeunesse à son mari et quand le mari était mort à ses fils. Depuis la période des Anglais, l’éducation des femmes s’est développée en son importance. La première école pour les filles a été ouverte par les missionnaires au Kerala en 1819 à Kottayam et un an après à Aleppey. Depuis il y a des progrès dans l’éducation des femmes. (G. Palackapilly, Christian Contribution to Education, Language and Literature, Christian Contribution to Nation Building, 85)

Selon le recensement du 2001 le taux d’alphabétisation chez les femmes atteint 52 % dans le pays. Elles sont chef d’Etat dans des 26 Etats de l’Inde. Il y a de plus en plus de femmes qui assument des métiers qui étaient auparavant réservés uniquement aux hommes – cadre professionnel, armée, police, etc. Néanmoins la société actuelle reste patriarcale et discriminatoire. Elles sont traitées, comme image de beauté et de la femme au foyer, mais rarement comme des personnes. Selon les statistiques publiées par le Bureau d’Etude sur la Violence en Inde toutes les 26 minutes une femme est molestée, toutes les 42 minutes il y a un harcèlement sexuel et toutes les 34 minutes un viol. (Hindustan Times, 27 Novembre 2002)

Le programme d’autofinancement (Self Help Programme) mis en oeuvre par le diocèse d’Aleppey au Kerala est représentatif de l’éducation informelle qui a lieu parmi les femmes en Inde rurale. Chaque group SHP se compose de 10-20 familles. Il y a 175 groupes de ce type dans le diocèse d’Aleppey. Leur opération principale consiste à faire “une petite banque de crédit”. Chaque membre contribue RS 10 chaque semaine. La quantité recouvrée ainsi de chaque membre est déposée à la banque au compte du président et du secrétaire. Un prêt avec un petit intérêt est donné aux membres selon l’urgence du besoin et la disponibilité des fonds. Habituellement les banques leur donnent trois fois en dépôt. L’intérêt sur le prêt est le bénéfice aux membres. D’avril 2002 à mars 2003 toute la transaction a été faite pour un montant de Rs 16 millions i.e. environ 300, 000 E. A travers ces programmes les femmes apprennent à signer,  à écrire et lire, à faire des démarches de réunion, des transactions de banque et à développer des habitudes de gestion du budget familial. Comme les femmes apportent l’argent à la famille et qu’elles ont une certaine autonomie économique elles obtiennent plus de respect dans la famille et dans le voisinage. (A. Thottakara, Empowerment of Women through Education, Education as Mission, 148-150)

9. Éducation de Valeurs

L’éducation de valeur n’est pas un programme en soi. Les établissements chrétiens, dans toutes leurs activités cultivent des valeurs humaines et religieuses chez les étudiants. Pourtant quelques mouvements ont adopté l’éducation de valeurs comme leurs propres charismes. L’Institut national de Dharma Bharati, qui a été fondé le 16 juillet 1993 à Indore, est une telle O.N.G. C’est un contre- mouvement qui lutte contre les querelles ethniques, les émeutes communales, le terrorisme et les menaces de guerre. Eduquant la jeunesse aux valeurs de l’amour, de la fraternité, de la justice, de la paix, du partage, de la tolérance et du respect est le but du Dharma Bharati. C’est un programme de reconstruction nationale par la transformation personnelle des citoyens.

Le mouvement du Dharma Bharati a des buts à long terme et à court terme. Les buts à long terme sont de préparer la jeunesse à prendre des responsabilités dans leurs propres situations de vie; d’en faire des citoyens responsables qui travailleront pour l’harmonie inter-religieuse, la solidarité globale et la régénération de valeurs dans la nation. Le but à court terme est de transformer les attitudes de jeunes en valeurs humaines. Pour la transformation personnelle des individus il y a cinq voies à suivre. a) Dire une prière par jour pour la paix selon sa propre tradition religieuse ; b) se dispenser d’un repas par semaine pour exprimer sa solidarité avec l’affamé et pour contribuer à l’épargne des pauvres ; c) faire un bon acte par jour; d) honorer les parents, les enseignants et tous les êtres humains e) respecter la terre et sauvegarder ses ressources. (V. Alengaden, Dharma Bharati : A Movement with a Diffference to Build a Civilization of Love, Education for the Third Millennium, 209-215) Jusqu’an janvier 2003, le mouvement s’est répandu dans 600 écoles de 19 Etats de l’Inde. Plus de 400, 000 étudiants et 32, 000 professeurs ont jusqu’ici assisté aux programmes qui sont organisés par le dharma Bharati. 104 colloques ont été déjà organisés pour les chefs des établissements éducatifs. (Annual Report of Dharma Bharati Service Society from 1st April 2003 to 31 March 2004)

En conclusion nous voudrions faire les remarques suivantes :

a) Des établissements chrétiens ont été classés au premier rang en ce qui concerne le niveau d’études et les valeurs spirituelles et séculières.

b) Les écoles chrétiennes prêtent attention au développement intégral des étudiants à travers les activités de sport et de jeux, l’encouragement des talents en art, musique, danse, peinture, et l’écoute des étudiants.

c) Les étudiants sont également invités à devenir conscients des problèmes sociaux par le biais des stages et enquêtes faites dans les villages.

d) L’éducation des femmes est une priorité de l’éducation chrétienne. 50 % des écoles universitaires catholiques en Inde sont réservées aux femmes. Ceci aide les femmes à obtenir un travail dans les centres de soins,  dans la médecine, dans l’informatique, dans la pharmacie, dans la production alimentaire, dans les services administratifs et même dans l’ordre judiciaire.

e) L’Eglise donne de l’importance à l’éducation des illettrés et des opprimés. 70 % des écoles sont dans des secteurs ruraux où habitent les désavantagés.

f) Plus de 90 % des étudiants des établissements chrétiens sont non-chrétiens.

Partie III : Réflexions théologiques

Nous avons vu l’investissement énorme des chrétiens dans le domaine de l’éducation dans diverses régions de l’Inde. L’éducation est une affaire publique aujourd’hui. En plus des chrétiens, les Etats, les O.N.G. et les individus privés sont implantés sur le terrain de l’éducation. De quelle manière le service éducatif chrétien est-il alors spécial et unique ? Les établissements chrétiens sont-ils les canaux de l’évangélisation ? Les réflexions suivantes montreront que bien qu’il n’y ait aucune prédication directe de l’évangile dans les établissements chrétiens ils sont témoins des valeurs du royaume de Dieu et qu’ils remplissent ainsi la tache de la mission.

10. L’éducation est une activité évangélisatrice

Comme nous l’avons dit plus haut par mission nous indiquons tout ce que nous faisons pour promouvoir les valeurs du Royaume de Dieu inauguré par Jésus. Redemptoris Missio explique la nature de cette mission orientée vers le Royaume : travailler pour le Royaume signifie reconnaître et favoriser le dynamisme divin, qui est présent dans l’histoire humaine et la transforme. Construire le royaume signifie travailler pour la libération du mal dans toutes ses formes (n° : 15) Du coup, l’éducation est un service qui met en valeur le progrès du royaume de Dieu. Le RM dit la chose suivante : L’Eglise est efficacement et concrètement au service du royaume et cette mission inclut divers éléments comme le témoignage, la conversion, le dialogue inter-religieux, la promotion du développement humain, l’engagement à la justice et à la paix, l’éducation et le soin du malade et de l’aide aux pauvres et aux enfants. (n° : 20) Jésus a dit : “qui accueille en mon nom un enfant comme celui-là, m’accueille moi-même” (Mt 18, 5). L’éducation et le soin pour  enfants sont les constituants essentiels de l’évangélisation car ils jouent en le essentiel en favorisant l’amour de Dieu sur terre.

       La nature de l’enseignement de Jésus comme maître, indique également le lien étroit entre l’éducation et la mission. Kuttianimattathil constate que Jésus est nommé environ soixante fois comme maître dans les Evangiles. Même ses ennemis lui ont attribué ce titre “Maître, nous savons que tu es franc et que tu enseignes les chemins de Dieu en toute vérité, sans te laisser influencer par qui que ce soit, car tu ne tiens pas compte de la condition des gens.”(Mt 22, 16). Évidemment, Jésus n’était pas un enseignant qualifié comme les rabbins qui ont appris scientifiquement à interpréter les Ecritures. Il était plutôt un professeur charismatique qui a donné son message aux gens par un appel personnel. (J. Kuttianimattathil, Education is Mission : Some Considerations from the Perspectives of Theology, Education as Mission, 152-154)

La force de l’enseignement de Jésus était son caractère libérateur, remarque Soares-Prabhu. Son enseignement a libéré des personnes de l’avarice et de l’esprit concurrentiel. Son enseignement a renversé les structures qui favorisaient l’injustice et il a invité ses disciples travailler pour un monde nouveau où les hommes et les femmes vivraient ensemble comme frères et soeurs. Ceux qui ont accepté l’enseignement de Jésus sont devenus libres sur le plan psychique et spirituel. Cette libération interne est également le but de l’éducation. Celui-ci rend conscient les personnes de l’injustice et le guide à faire des actions de libération. Par conséquent, l’éducation authentique est par nature un acte d’évangélisation. (Soares-Prabhu, Biblical Themes for a Contextual Theology Today, 136-139)

Le lien fondamental entre l’évangélisation et l’éducation est également évident dans leur souci commun de promotion de la vie. Evangélisation signifie proclamation de la Bonne Nouvelle. La partie essentielle de cette bonne nouvelle est l’amour sans conditions de Dieu qui a été révélée en Jésus pour chaque être humain. (EN 27) L’Evangélisation ne sera alors pas complète si la Bonne Nouvelle n’est pas directement concernée par la vie des personnes. C’est pourquoi les évangiles contiennent les messages explicites concernant les différents aspects de la vie tels que les droits et devoirs humains, la vie de famille, la vie sociale, le développement, la paix, la justice, la libération, etc. (EN 29) La vie est un cadeau à célébrer. La Bonne Nouvelle apparaît sous la forme du pain aux affamés. Quand les maladies perturbent la vie, l’évangélisation prend la forme de santé. Quand la vie est perturbée par l’ignorance, l’évangélisation les touche par l’éducation. (T. P. Kalam, Animation et Evangelization in Catholic Educational Institutions, National Consultation on Education, 89-91)

De la même manière, le but de l’éducation est de donner la vie aux êtres humains. Etymologiquement parlant, le mot éducation vient du mot latin educare ou educere qui signifie « apporter vers le haut ». Beaucoup de définitions ont été données à l’éducation dont l’idée principale est bien dite par le Collier’s Encyclopaedia que voici: c’est un processus social par lequel une communauté, une société, ou une nation cherche à communiquer à la génération émergente les aspects traditionnels de sa culture qu’elle considère fondamentaux et essentiels pour sa propre stabilité et survie. (p. 564) En d’autres termes l’éducation vise à bâtir une société humaine juste par la formation de citoyens mûrs et responsables. Elle vise au changement intégral de la personne humaine pour être témoin des valeurs de l’égalité, de la justice, de la coopération, et de l’harmonie. Ainsi l’éducation par sa voie libératrice favorise la promotion de la vie, le même souci de l’éducation.

En bref, si par évangélisation nous voulons dire forcer les gens à adopter la foi l’éducation chrétienne ne peut pas être une voie de mission. D’autre part, si nous la comprenons dans un sens plus large en tant que notre contribution à faire du monde un endroit meilleur où  les êtres humains se libèrent de toutes sortes de servitude et apprécient la plénitude de la vie alors pouvons nous dire que l’éducation est l’évangélisation. Les documents de l’Eglise  soutiennent une telle mission d’éducation orientée vers le Royaume. Par exemple, le Concile  Vatican II Gravissimum Educationis dit : “L’école catholique, en s’ouvrant comme il convient au progrès du monde moderne, forme les élèves à travailler efficacement au bien de la cité terrestre. En même temps, elle les prépare à travailler à l’extension  du royaume de Dieu, de sorte qu’en s’exerçant à une vie exemplaire et apostolique, ils deviennent comme un ferment de salut de l’humanité”. (n° : 8)

Le document “Ecoles Catholiques” publiés par la Congrégation de l’Education Catholique en 1977, précise que les écoles catholiques assurent un service essentiel de l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui. Elles participent au dialogue culturel par des écoles, apportant sa propre contribution positive à toute formation humaine (n°: 15). La Constitution Apostolique « Ex Corde Ecclesiae » sur les universités catholiques par le pape Jean Paul II daté du 15 août 1990 indique : De par sa nature, chaque université catholique est un témoin institutionnel vivant au Christ et à son message, d’une manière extrêmement importante dans les cultures marquées par sécularisme, ou où le Christ et son message sont toujours pratiquement inconnus. Toutes les activités de base de l’université catholique sont reliées à et en harmonie avec la mission évangélisatrice de l’Eglise. (n°: 49). Le document “Personnes Consacrées et leur Mission dans les Ecoles” publié par la Congrégation de l’Education Catholique en 2002 rappelle que les personnes consacrées travaillant dans les écoles mènent à bien une mission ecclésiale qui est extrêmement importante puisque tandis qu’elles instruisent elles évangélisent également. (n°: 6)

Partie IV : Problèmes et défis

11. Manque d’infrastructure

Bien que les gouvernements, les groupes religieux et les agences privées aient pris beaucoup d’initiatives pour améliorer le niveau d’éducation, pourtant, sur les 600 mille villages en Inde il y a encore 102 mille villages sans école;

 29 % des villages manquent d’écoles primaires ;

77 % des villages manquent d’écoles secondaires

60 millions d’enfants n’ont jamais vu l’école

40 % des écoles ont des bâtiments sommaires et pas de tableau noir, etc..

60 % d’entre elles  n’ont pas de service d’hygiène et ni d’eau potable.

35 % des écoles fonctionnent seulement avec un enseignant

2937 n’existent seulement que sur le papier

L’Inde a la plus grande population illettrée du monde (424 millions). (P.Arockiadoss, Brief Analysis of the Education Policies, Education as Mission,18 : Bertille, Strategies in Primary and Secondary Catholic Education, Proceedings of the National Consultation on Education, 39, 48)

12. Politiques non équilibrées d’éducation

Les études prouvent également qu’il y a une grande disparité dans le système d’éducation indien.

– La moitié des enfants en Inde ne finissent pas l’école primaire tandis que le pays dans l’ensemble produit plus de diplômés qu’il ne peut employer.

– “L’état des enfants dans le monde en 1992”, un document de l’UNICEF, note que 50 % de toute la dépense du gouvernement indien sur l’éducation est utilisé pour subventionner les 10 % mieux-instruits “.

– Selon le Human Development Report 2001, parmi les 143 pays énumérés, l’Inde est en 104ème position en ce qui concerne la part du PNB dépensée en éducation

Est-ce que l’Eglise a pris en compte ces faits dans ses politiques éducatives ?

– Tandis que le taux de croissance d’établissements ecclésiaux augmentait de six à dix fois en général, il n’y a eu que des 25 % de croissance en nombre d’écoles primaires.

– 60 % de prêtres, 69 % de soeurs et 56 % de frères travaillent dans le sud de l’Inde où vit seulement 25 % de la population totale. (Bertille, , Strategies in Primary and Secondary Catholic Education, Proceedings of the National Consultation on Education, 31-35)

Tous ces points montrent que l’éducation primaire n’est pas le souci principal des chrétiens.

13. Education profite aux élites

Malgré les d’initiatives prises parmi les tribus, les dalits, et autres classes privées, le système d’éducation en Inde est essentiellement centré autour des élites et il est absent des besoins de la majorité du peuple. Il est évident que 80 % des étudiants qui sortent des universités viennent des 20 % des classes riches de la société indienne. C’est une minorité qui possède et gère les ressources du pays. Ceci perpétue un ordre social injuste avec la pauvreté, les inégalités, le chômage et le sous-développement de masses pauvres. (The Statement of the Seminar, Education for Social Change, 25-27) Le système actuel encourage les étudiants à accepter le conformisme, la sécurité, le prestige et l’entretien du statu quo. Il renforce toutes les structures injustes et va l’encontre de l’Inde rurale, où habitent 70 % de la population indienne. (Babu Mathew, A Joint Presentation: The Present Educational System, Education for Social Change, 14-20) Les institutions chrétiennes dans les villes ne sont pas privées de ce danger. On a pensé qu’en instruisant le riche on pourrait facilement conduire la société dans la bonne direction.  Mais parfois on doit humblement accepter que d’une part les étudiants qui ont été formés dans les établissements chrétiens sont devenu des oppresseurs et d’autre part à cause de leur association avec les riches, les écoles chrétiennes sont parfois devenues corrompues.

Dans ce cadre il faut souligner que ce type d’éducation crée de la frustration chez les tribus aussi. Ils estiment que leurs garçons sont aliénés du reste de leur société. Certains d’entre eux coupent des liens avec leurs familles et leurs villages après avoir trouvé un emploi. C’est parce que l’éducation est superposée à la culture des tribus dans sa structure et son contenu. Les livres font rarement appel aux milieux culturels des tribus. Ils doivent d’abord fournies  les informations concernant leurs propres communautés, vie de village, organismes sociaux, croyance et pratiques et puis passer à la scène nationale. (N. Hasnain, Tribal India Today, 128-129)

14. L’éducation professionnelle coûte une fortune au public

La vague de la commercialisation de l’éducation a pratiquement éclipsé le but des établissements chrétiens qui ont été fondés pour l’éducation des pauvres. Plusieurs des nouveaux cours présentés dans les universités ne sont pas gratuits. Les gouvernements ne donnent pas de bourses. Donc les étudiants doivent payer chère pour la formation professionnelle qui donne accès à un bon emploi. Par conséquent, l’éducation des pauvres devient impossible. Les établissements chrétiens sont dans un dilemme : intégrer les pauvres ou diriger les établissements avec l’aide de ceux qui peuvent payer l’éducation ?

15. L’opposition des communalistes hindous

Le caractère séculier d’éducation qui a été assidûment sauvegardé dans la période post-coloniale est mise en danger par l’interférence croissante des nationalistes hindous aujourd’hui. On s’en rend compte en examinant le programme d’étude préparée pour l’éducation à l’école en 2000 par le gouvernement central mené par le BJP. Il y a une tentative d’imposer leur idéologie monolithique sur le système éducatif. Les écoles sont soumises à des impôts exorbitants sur l’emploi et sur le revenu de l’école. Ils interviennent dans l’admission des étudiants et dans la nomination des enseignants. Parfois il est difficile d’obtenir le permis pour démarrer de nouvelles écoles. Des motifs chrétiens sont remis en cause dans les secteurs ruraux alors que ces agents de l’Hindutva veulent bien profiter des établissements chrétiens dans les villes. Cela explique le grand besoin de renforcer la culture séculière afin de cultiver un esprit de bonne entente inter-religieuse chez les  étudiants et d’éviter de tomber dans les préjugés et la haine.

Conclusion

Pour presque 97 % d’Indiens, le seul contact avec le christianisme se fait par des écoles, des universités et des hôpitaux dirigés par les Chrétiens. Par conséquent, une des manières décisives pour diffuser les valeurs de l’Evangile, est, sans aucun doute, l’éducation en Inde. Il est difficile d’imaginer que les hindous se convertiront au christianisme dans un avenir proche, mais ils accueilleront des initiatives éducatives chrétiennes qui les rendent plus humains et religieux. C’est pourquoi le Swami Vivekananda disait aux étrangers : “Le seul service à faire aux Indiens est de donner une éducation afin qu’ils développent leur personnalité. Si on leur donne des idées, leurs yeux seront ouverts à ce qui se passent autour d’eux, ils découvriront alors leur propre salut.” Malgré les difficultés rencontrées, les chrétiens en Inde continueront leurs services éducatifs car l’éducation est le moyen le plus efficace pour l’Eglise de devenir un catalyseur de changement social et de justice dans la société indienne.

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Annual Report of Dharma Bharati service society from 1st April 2003 to 31 March 2004

Hindustan Times

De la conversion au dialogue en vue du Royaume

De la conversion au dialogue en vue du Royaume*

Dr Vincent Kundukulam

Vincent Kundukulam

St Joseph’s Pontifical Seminary, Aluva (Kerala)

            Aujourd’hui, beaucoup de prêtres et de religieux sont découragés dans le champ de la mission en raison d’une propagande anti-chrétienne militante issue de milieux néo-hindouistes (hindutvas). Ils sont désolés parce que leur travail n’aboutit pas à la conversion de non-chrétiens comme autrefois. Cela soulève plusieurs questions théologiques. Quel pourrait être le mode d’une authentique évangélisation dans un contexte de conflits interreligieux croissants ? Jésus a-t-il considéré comme nécessaire l’implantation de l’Eglise pour accomplir le commandement de la mission ? Si le salut est possible dans d’autres religions quel est alors la nécessité d’un travail missionnaire ? Si l’évangélisation vise la réalisation du Royaume de Dieu, quels sont les chemins pour remplir une telle tâche missionnaire ? Cet article se veut une réponse théologique (il peut y avoir aussi des réponses politique et sociologique) au problème de la conversion auquel doit faire face l’Eglise en Inde.

1. L’attitude du Sangh-Parivar[1] quant à la conversion

Il y a différentes tendances en ce qui concerne l’attitude du RSS [2] et de ses alliés à propos des conversions. Quelques-uns sont violemment contre la conversion tandis que d’autres autorisent une telle possibilité sous certaines conditions. Les raisons qu’ils énoncent pour leurs positions sont diverses (cf. Kundukulam 2000: 31-40). Nous n’avons pas besoin ici de les détailler, il suffira de mentionner les positions principales et leurs arguments.

Des conversions sous conditions:

a) La conversion peut être autorisée si la personne concernée a une connaissance suffisante aussi bien de la religion qu’elle a pratiquée que de celle qu’elle veut embrasser. Le terme matham (voie religieuse) signifie une idée ou opinion particulière dans le contexte indien. La formation d’une opinion est principalement une activité intellectuelle, et elle doit être menée à bien après une réflexion suffisante. b) La conversion individuelle peut être permise, mais non la conversion de masse. Le droit de changer de religion est un droit individuel. En cas de conversion de masse un individu n’est pas en capacité d’exercer sa liberté personnelle. c) Une conversion due à l’ignorance, la séduction ou la force doit être condamnée. Le Sangh-Parivar se plaint de ce que les missionnaires manipulent l’ignorance des pauvres analphabètes : « Les missionnaires mettent les statues des dieux tribaux dans un récipient plein d’eau et ces statues sont englouties. Puis ils mettent dans le même récipient une croix de bambou. Quand la croix surnage à la surface de l’eau, ils disent : « le Christ est plus puissant que les dieux tribaux ». Les autochtones (tribals) analphabètes sont convertis au christianisme. » (Janmabhumi [3], 10 mars 1999) « Les missionnaires offrent aux pauvres des possibilités de travail et un meilleur traitement dans les hôpitaux chrétiens s’ils rejoignent la communauté chrétienne. » (Interview de U. Issrani, Pranta Sanghchalack de Madhya Bharat, Bhopal, décembre 1993).

Une opposition absolue à la conversion :

Alors que certains leaders du RSS permettent en principe la conversion, d’autres s’y opposent catégoriquement pour plusieurs raisons.

a) Le concept de conversion d’une religion à une autre est contraire à la nature même de la religion. La religion est ce qui montre le chemin vers Dieu. Si toutes les religions conduisent l’homme vers le même Dieu pourquoi changerait-on de religion ? (Cf. Mishra 1980: 118-121)

b) L’Inde (Bharat) a suffisamment de religions adaptées à sa culture et par conséquent n’a pas besoin de religions supplémentaires : «  Les Indiens sont déjà religieux. Il y a diverses religions dans le pays aptes à répondre à leur besoins religieux. Même les autochtones (tribals), qui n’ont pas de religions instituées, mènent une vie vertueuse et en ce sens ils sont religieux. Il n’y a pas besoin de les convertir à une autre religion. » (Interview de R. R. Mishra, President du Vanavasi Kalyan Ashram à Surguja, Madhya Pradesh, janvier 1994).

c) Les conversions créent des conflits dans la société. Quand les chrétiens revendiquent la supériorité de leur religion et gagnent des adhérents provenant d’autres religions, celles-ci se sentent désolées d’avoir perdu leurs adeptes. Ceci augmente les possibilités que surgissent des conflits entre religions. Pour maintenir la paix dans un pays multi-religieux comme l’Inde, les conversions doivent être interdites.

Plus que les raisons susdites, ce sont les facteurs culturel et politique qui font que le Sangh Parivar se retourne contre les conversions chrétiennes. d) la conversion de l’Hindouisme au Christianisme crée une aliénation culturelle ou « déculturation » des gens convertis. Quand quelqu’un devient membre de l’Eglise, il laisse de côté les coutumes, fêtes et rituels hindous, et souvent il se met à ternir les Dieux et les pratiques hindous. Arun Shourie écrit, dans l’introduction à La moisson de nos âmes (Harvesting Our Souls) :

« La conversion même d’une seule personne cause une grave perturbation. Sa famille est mise à part. Des tensions surgissent dans la communauté. On va ainsi au pire parce qu’après l’avoir convertie, les convertisseurs font que la personne fait et dit des choses qui offensent gravement la communauté dont elle provient. Cette seule personne est conduite non seulement à répudier mais à dénoncer les Dieux et les rituels dans lesquels elle a grandi, jusqu’à faire des choses qui sont interdites dans sa religion ou communauté d’origine – par exemple, de manger de la viande qui est prohibée » (2000 : 1-2)

e) Le point principal est que la conversion est devenue une affaire de nombre et qu’elle a des conséquences politiques. L’augmentation du nombre affecte le scénario politique du pays. En démocratie le nombre compte : nombre signifie pouvoir, nombre signifie argent et nombre signifie bien d’autres fins désirées. Si la conversion est permise cela réduira le pouvoir « hindou » dans le pays. Deoras, le Sarsanghchalak ( le dirigeant suprême) du R.S.S. entre 1973 et 1994, explique cela avec l’exemple du Kerala : « Aujourd’hui il y a 25% de Chrétiens et 20% de Musulmans au Kerala. C’est pourquoi leurs votes deviennent importants, très importants au moment des élections. Il y deux groupes politiques principaux : le Congrès et les Communistes. Les deux ont à faire des compromis en raison de ces bulletins de vote. » (1985 : 12) Le séparatisme augmente dans d’autres Etats à majorité chrétienne comme le Nagaland, le Mizoram, etc. et c’est pourquoi les conversions doivent être stoppées. Pour reprendre les mots de Golwalkar, le Sarsanghchalak entre 1940 et 1973, la conversion subvertit la loyauté. « La conversion des Hindous à d’autres religions revient à faire mourir le pays en proie à une loyauté divisée, au lieu d’avoir une loyauté indivise et absolue envers la nation. C’est dangereux pour la sécurité de la nation et du pays.» (1980 : 225)

Arun Shourie écrit que l’Eglise comme institution est obsédée par l’idée d’avoir la plus grande part sur le marché mondial des religions. La pression pour évangéliser est commerciale. Les publications missionnaires apportent un ample témoignage au fait que la mission est une grosse affaire (big business). L’Eglise doit avoir des cibles définies, des plans détaillés de stratégies de marché, au moyen desquels multiplier la récolte : une église doit être plantée dans chaque village, une Bible doit être placée dans toutes les mains : les femmes, les castes qui bénéficient de quotas (scheduled casts), les autochtones (tribals), doivent être ciblés, etc.  Quelques groupes missionnaires ont même budgétisé la dépense d’une telle activité, en gros autour d’un milliard et demi de dollars. (Cf. 2000 : 25-33)

Evaluation : Nous n’avons pas l’intention de défendre ici d’une manière apologétique la position chrétienne contre les accusations du Sangh Parivar. Nous les examinerons simplement pour en tirer les principales questions théologiques qui doivent venir en discussion, face à l’éveil de la conscience hindoue (hindutva).

Nous pouvons être d’accord avec le R.S.S. pour dire la place importante de la connaissance pour la poursuite de la vérité. Mais nous ne pouvons restreindre la découverte de la vérité à une recherche purement intellectuelle, parce que l’expérience personnelle, les intuitions, la foi, etc. jouent aussi un rôle vital dans la compréhension de la vérité. De la même manière la possibilité d’une conversion de masse ne peut être complètement exclue. L’homme est un être social. Un groupe de gens qui vivaient sous l’oppression peuvent réfléchir ensemble à propos de leur état d’opprimés, et peuvent faire collectivement un sérieux pas sur le chemin d’une libération religieuse et sociale. En ce qui concerne la conversion par séduction et par force, il est vrai que dans le passe des milliers de pauvres gens ont été convertis durant la famine. Les missionnaires se sont souvent servis du catéchuménat comme de centres de secours et dans quelques cas ont transformé les centres de secours en catéchuménat (Fernandez 1984 : 289-306). Mais aujourd’hui l’Eglise ne favorise pas cette sorte de conversions. Elle interdit par tous les moyens les conversions qui bloquent l’usage par quelqu’un de sa liberté personnelle. « L’Eglise propose, elle n’impose rien. Elle respecte les personnes et les cultures et elle honore le sanctuaire de la conscience. » (Redemptoris Missio 39)

Les raisons données par le Sangh Parivar pour arrêter les conversions sans exception aucune semblent plus importantes, parce qu’elles ont de sérieuses implications théologiques. Si toutes les religions conduisent au même Dieu et puisque l’Inde a déjà diverses religions de très haute réputation, pourquoi l’Eglise favoriserait-elle les conversions ? Est-il chrétien d’insister sur la conversion comme une voie légitime d’exercer la liberté religieuse si cela cause des tensions sociales et des conflits interreligieux dans notre mère patrie ? Pouvons-nous nous opposer aux croyances des autres religions si elles ne trompent pas les gens dans leur recherche de la vérité ? Ces questions sont importantes non seulement pour la réflexion à l’intérieur du Christianisme mais aussi pour améliorer les relations entre Chrétiens et Hindous. Les quatre conditions qu’Arun Shourie place devant nous pour cette amélioration de la relation entre Hindous et Chrétiens touchent aux mêmes points : a) rendre compte avec honnêteté des calomnies qui se sont amoncelées  à propos de l’Inde et de l’Hindouisme ; b) refuser l’inerrance de la Bible et l’infaillibilité du Pape ; c) reconnaître la valeur salvifique des autres religions ; d) arrêter les conversions (1994 : 214-230).

L’Eglise, appelée à poursuivre sa mission en recevant l’inspiration du mystère de l’incarnation, se doit de prendre en considération ces défis pour rendre témoignage à l’Evangile. Nous allons pouvoir maintenant développer des orientations pour la mission, qui aideront l’Eglise à témoigner du Christ en Inde.

 

            2. Les autres religions comme “moyens” de salut

Dans la période qui a suivi la deuxième Guerre Mondiale, à cause du développement rapide du commerce, des médias, des transports et communications, les chrétiens en Occident ont pu avoir contact avec beaucoup de non-chrétiens vivant les valeurs de l’Evangile. La diminution du pourcentage des chrétiens pratiquants en Occident et l’acceptation du pluralisme comme une valeur positive a aussi changé la perception par l’Eglise des autres religions.

Karl Rahner a modifié l’ancienne perspective selon laquelle les autres religions sont des religions « naturelles », le Christianisme seul étant « surnaturel ». Il a justifié son point de vue à partir de deux principes chrétiens fondamentaux : l’être humain est créé à l’image et ressemblance de Dieu et Dieu désire que tous les humains soient sauvés. L’être humain, par création, est un être ouvert au Transcendant. Chaque fois qu’il élève son esprit vers Dieu il peut recevoir le message de celui-ci. Les autres Ecritures sacrées sont alors le résultat d’une expérience transcendantale des saints hommes des autres religions. C’est pourquoi les religions non-chrétiennes ne contiennent pas simplement une connaissance naturelle de Dieu mais des éléments surnaturels. (1983 : 163-168)

Raymond Panikkar insiste sur la liberté de Dieu de se révéler Lui-même à qui Il veut : « La croyance que Dieu a parlé aux chrétiens, et la conviction que Dieu leur a fait part à eux seuls d’un secret, n’exclut pas la possibilité que Dieu ait révélé des aspects identiques ou d’autres du Mystère divin à d’autres peuples… Dieu est libre de dire un secret et même un secret différent quand et à qui il plaît à Dieu. » (1990 : 115) Cela signifie que l’unique auto-révélation de Dieu en la personne de Jésus-Christ n’empêche pas Dieu de parler à travers d’autres manifestations.

La compréhension positive de l’Eglise envers les autres religions est aussi fondée sur la théologie du Logos développée par saint Justin martyr. Le Logos divin, la Parole de Dieu créatrice, était présente et active depuis le commencement même de toute la création. Chaque être a été créé dans et par le Logos (Jn 1, 3). Dieu est entré en alliance avec l’humanité entière avant l’incarnation de Jésus avec Adam et Eve (Gn 1, 28-30), avec Noé (Gn 9, 8-17), avec Abraham (Gn 15), avec Moïse (Ex 19), etc. A cause de ces alliances il peut y avoir des révélations de Dieu par la médiation de l’Esprit en dehors du Christianisme, ce qui n’est d’aucune manière en défaveur de Son auto-révélation dans le Christ. Des théologiens font le raisonnement que des chrétiens à la différence des Pères de l’Eglise proclament la Parole-dans-l’histoire au détriment de la Parole-dans-la-création. A partir de quoi leur attitude envers les autres religions devient plus exclusive. « Nous réduisons Jésus-Christ à une divinité tribale ou nationale alors que nous étions partis de la position d’un Dieu-avec-nous pour tous les peuples, races et nations dans leur identité la plus profonde. Aussi la tâche est-elle pour les théologiens de travailler à retrouver une présentation équilibrée de la présence salvifique de Dieu dans la création et sa venue dans l’histoire. » (Karokaran 2000 : 36-37)

Il y a des textes dans la Bible qui confortent cette attitude ouverte et inclusive vis-à-vis des autres religions. Bien que Paul fût enflammé de zèle pour le message du Christ il use à l’Aréopage d’un langage inclusif. Il reconnaît les goïm qui sont observants en matière de religion. « Dieu n’est éloigné d’aucun de nous, puisque c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être, comme aussi bien quelques uns de vos propres écrivains l’ont dit : nous sommes tous ses enfants. » (Act 17, 26-28) Paul propose le message chrétien comme complétant la religion grecque. L’attitude de Pierre envers Corneille est ouverte. Dieu semble avoir rendu clair pour lui, à travers une vision, qu’il ne doit pas qualifier quelqu’un de souillé ou d’impur. (Act 10, 28) Dieu ne fait pas acception de personnes, mais qui que ce soit, de quelque nation qu’il soit, qui craint Dieu et fait ce qui est juste Lui est agréable. (Act 10, 34-35)

Le Concile Vatican II reconnaît qu’existent des “éléments de vérité et de grâce (Ad Gentes 9), « des « rayons de vérité » (Nostra Aetate 2), et des « semences du Verbe » (Ad Gentes 11) dans les rites et coutumes des peuples (Lumen Gentium 17), et dans leurs traditions religieuses et nationales (Ad Gentes 11). Soulignant l’universelle volonté salvifique de Dieu, le Concile écrit : « Car puisque le Christ est mort pour tous, et que tous les hommes sont en fait appelés à une seule et même destinée, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous la possibilité d’avoir part, d’une manière que Dieu connaît, au mystère pascal. » (Gaudium et Spes 22) Dialogue et annonce, publié conjointement par la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples et le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux en 1991 confirme une telle perspective : « Les membres des autres religions sont orientés à l’Eglise, sacrement du Royaume de Dieu (…). Quand ils répondent à l’appel de Dieu qui se manifeste dans la loi de leur conscience, ils sont sauvés en Jésus-Christ et partagent donc en quelque sorte la réalité signifiée par le Royaume » (n° 35).

A la lumière de ce qui vient d’être dit, réflexions théologiques, citations bibliques et références du Magistère, nous pouvons conclure que les autres traditions religieuses peuvent être des voies de salut pour leurs croyants respectifs dans la mesure où elles sont compatibles avec les valeurs de l’Evangile et la grâce salvifique qui vient du Christ. La médiation du salut est rendue accessible aux autres religions par le biais du Saint Esprit, qui est le principe de communication entre Dieu et les hommes depuis les commencements de la création (Dupuis 1989 : 168). Une telle médiation de l’Esprit n’est pas opposée à l’unique et universelle médiation du Christ parce que l’Esprit intervient dans l’histoire par la médiation du Christ.

            3. La mission comme développement du Royaume de Dieu

            Ce changement d’attitude envers les autres religions a eu un impact sur la théologie de la mission. Les théologiens trouvaient le fondement de l’activité missionnaire de l’Eglise dans la mission du Fils et dans celle de l’Esprit Saint (Ad Gentes 2). L’Incarnation est devenue le modèle de la mission. La prédication a cessé d’être à sens unique. De la même manière que Jésus s’est incarné selon les modèles culturels de l’humanité, les missionnaires ont commencé à assimiler tout ce qui est bon dans la vie culturelle et religieuse de ceux à qui ils s’adressaient avant de leur présenter la spécificité de l’Evangile.

            Il y a eu un changement aussi dans l’objectif même de l’évangélisation. Les théologiens ont réalisé la prééminence du thème du Royaume de Dieu dans la prédication de Jésus. Le Christ s’est servi seulement deux fois du terme Eglise alors qu’il a employé l’expression Royaume de Dieu quatre-vingt-douze fois. Aujourd’hui les théologiens distinguent entre Eglise et Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu ne sera pas réalisé par la seule expansion de l’Eglise parce que l’Eglise est seulement le signe et le sacrement du Royaume de Dieu (Lumen Gentium 1. 48.) Elle a vocation à préparer le Royaume de Dieu. Elle ne peut prendre la place du Royaume. Redemptoris Missio affirme la même perspective : « Il est vrai que l’Eglise n’est pas une fin en elle-même puisqu’elle est ordonnée au Royaume de Dieu dont elle est germe, signe et instrument. » (Redemptoris Missio 18) L’Eglise aura son achèvement seulement lorsqu’elle sera assimilée au Royaume. Karl Rahner dit : « L’Eglise, quand on la comprend bien, existe en proclamant son caractère provisoire et la destinée vers laquelle elle marche à travers l’histoire, pour réaliser que sa fusion dans le Royaume de Dieu arrivera dans le futur. » (1965 : 35) Dans cette perspective, la mission ne doit plus être centrée sur l’expansion de l’Eglise institutionnalisée mais sur le témoignage en faveur du Royaume de Dieu.

Une compréhension appropriée du sens de la conversion a aussi aidé les théologiens à considérer  l’expansion du Royaume de Dieu comme le but de l’évangélisation. Depuis longtemps, l’acte de conversion était identifié avec le changement de religion. Mais une étude de l’étymologie fait voir que l’élément important dans la conversion est la conversion du cœur à Dieu. Le terme de conversion est dérivé du latin conversio. Sa racine con-vertere signifie se retourner comme en un demi-tour, dont l’équivalent grec est la métanoia.

La conversion s’oppose au péché dans la Bible. Si le péché est se détourner de Dieu dans l’isolement et l’auto-suffisance, la conversion est de se retourner de tout soi-même vers Dieu. Par conversion les prophètes ont désigné le retour à Dieu dans l’amour et la sincérité, une ré-orientation de soi tout entier, de tout son être, vers le Dieu de l’Alliance. La conversion appelle une nouvelle relation ave Dieu, qui doit se manifester dans tous les registres de l’existence, particulièrement dans la pratique de la justice et de la charité. Jésus commence sa vie publique en annonçant la venue du Règne de Dieu. Il invite chacun à se laisser convertir aux valeurs du Royaume de Dieu. Pour saint Paul la conversion est l’avènement d’une nouvelle création. Selon Jean elle signifie le passage des ténèbres, de la fausseté, de la haine et de la mort à la vie et à la lumière. (Saldanha 1993 : 215-227)

Si la mission doit être centrée en tout premier lieu sur la conversion du cœur, comment alors comprendre le commandement de Jésus d’« aller, de faire des disciples de toutes les nations, et de les baptiser » ? David Bosch est d’opinion que l’expression faire des disciples doit être resituée dans le contexte pastoral de Matthieu. L’évangéliste invite les membres de la communauté à ne pas laisser passer l’occasion de porter témoignage en se mettant au service des gens autour d’eux. Le verbe principal de la péricope est faire des disciples, et les deux participes en baptisant et en enseignant lui sont subordonnés. Cela indique le chemin à suivre pour faire des disciples. L’état de disciple est plus important que d’enseigner et de baptiser. Etre un disciple du Christ signifie vivre à partir des enseignements de Jésus. L’état de disciple implique un engagement pour le Règne de Dieu, pour la justice et l’amour, pour l’obéissance à la volonté de Dieu tout entière. (1993 : 53.77)

Un missionnaire peut-il se contenter d’introduire les gens aux valeurs de justice, d’égalité, d’honnêteté, de fraternité, de service et d’amour dans la société indienne ? L’Eglise accomplit-elle son devoir missionnaire si elle ne peut faire en sorte que les gens appartiennent à  l’Eglise ? La réponse est oui dans certains contextes. Saint Paul abandonne la moisson au temps que Dieu a prévu en son dessein. « J’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui donnait la croissance. » (1 Co 3, 6-7) Dialogue et annonce dit : « Dans ces situations où, pour des raisons politiques ou autres, l’annonce est pratiquement impossible, l’Eglise accomplit déjà sa mission non seulement par sa présence et son témoignage mais aussi par ses activités et son engagement pour le développement humain intégral et le dialogue. » (n° 76)

            4. L’évangélisation comme dialogue

Nous avons vu que l’évangélisation vise la construction du Royaume de Dieu. Cela comprend toutes les formes de construction du Royaume : témoignage, annonce, implication dans les luttes de libération de l’humanité, dialogue avec les autres religions, inculturation, et œuvres de charité. Comment déterminer la forme de construction du Royaume de Dieu en Inde ? Cela doit avoir lieu en prenant en compte les contextes particuliers de notre pays. L’Inde est le berceau des grandes religions du monde comme l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Jaïnisme et le Sikhisme, et beaucoup de religions traditionnelles (tribal). Il y a aussi dans ce pays des Musulmans, des Chrétiens, des Parsis [4] et des Juifs. Ainsi d’être naturellement interreligieuse est un trait basique de l’Inde. En Inde, être religieux signifie être interreligieux. Si l’Eglise se doit de témoigner du Royaume de Dieu comme un avant-goût de l’harmonie et de la paix, alors le premier chemin de la mission serait le dialogue interreligieux, sans exclure cependant les autres formes. L’Eglise se doit d’être une communauté qui fait des ponts. Comme le dit Pathil, l’Eglise doit être une « communauté de communautés » traversant toutes les castes, races, religions et dénominations linguistiques (2000 : 89. 99) Le dialogue interreligieux est le moyen  fort pour cette manière d’être l’Eglise.

Accepter le dialogue comme le moyen de la mission n’est pas sans cohérence avec l’esprit du Concile. Ad Gentes invite tout le monde à vivre dans la bonne estime et l’amour envers les croyants des autres religions, à partager leur vie culturelle et sociale au travers d’échanges variés et d’entreprises favorisant une vie humaine. Ad Gentes 9. 11) Le Cardinal L. T. Picachy a dit au Synode des Evêques tenu à Rome en 1974 que le dialogue est bon en lui-même, et que l’Eglise en Inde voit le dialogue interreligieux (inter-faith) comme une expression normale de l’évangélisation (Amalorpavadass 1975 : 155). « Le dialogue interreligieux est une part de la mission évangélisatrice de l’Eglise. Compris comme méthode et moyen de connaissance et d’enrichissement réciproques, le dialogue ne s’oppose pas à la mission ad gentes ; bien plus il en est une expression. » (Redemptoris missio 55) Jean-Paul II dans son adresse au Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux en 1984 a dit qu’à travers un dialogue authentique la tâche missionnaire de l’Eglise est accomplie : « Tous les chrétiens sont appelés au dialogue. Dans cette activité ecclésiale, il est nécessaire d’éviter l’exclusivisme et les dichotomies. Un dialogue authentique devient témoignage, et la vraie évangélisation est accomplie en se respectant et en s’écoutant les uns les autres. » Nous avons trouvé que le dialogue inter-religieux est l’une des formes privilégiées d’annoncer l’Evangile dans le contexte indien. Comment l’Eglise peut-elle fonctionner comme communauté de dialogue en Inde ?

            5. L’Eglise, une communauté de dialogue

La première et principale manière d’entrer en dialogue avec les autres religions est le témoignage de vie. Jésus n’a pas seulement indiqué ce chemin mais il a été ce chemin. Il n’a pas seulement parlé de la vérité mais il a été la vérité (Jn 14,6). Les chrétiens, au travers de leur présence auprès des croyants des autres religions dans les situations variées de la vie et des activités  humaines, peuvent annoncer l’Evangile comme une rose, qui n’a pas besoin de prédication sur son parfum. « Le témoignage dans la vie de tous les jours est inséparable du dialogue » atteste Sara Grant, qui fut une pionnière du dialogue en Inde depuis 1956 (Grant 1991 : 95).

 Le développement humain est un autre domaine où l’Eglise peut être une communauté de dialogue. Le chrétien est d’autant plus profondément concerné qu’il cesse d’être chrétien s’il manque à porter  radicalement le souci des pauvres et des opprimés et à les aimer. Prendre soin des exclus est témoignage de l’amour du Christ dans un monde d’égoïsme. Dans la scène du Jugement dernier (Mt 25, 31-46) et dans la parabole du riche et de Lazare (Lc 16, 19-31), Jésus renvoie au souci de compassion pour les dalit [5] comme condition nécessaire pour entrer dans son Royaume. Tandis que les missionnaires cherchent les moyens pour faire progresser leurs compagnons humains sans se soucier de leur conversion, ils diminuent le fossé entre les communautés et développent une communauté d’amour dans le monde.

L’activité de libération est une autre manière de mettre en actes le dialogue avec les autres religions. La Bonne Nouvelle n’est pas seulement réalité d’un autre monde. Dans son discours inaugural (Lc 4, 16-22) Jésus mentionne que libérer les anawim de toutes sortes d’oppressions est sa première mission. De même l’Eglise a le devoir d’apporter son aide aux missionnaires de la libération sociale – hommes de loi, sociologues et travailleurs sociaux -, qui ont au premier chef le souci de la justice et des Droits de l’Homme. Ils ne prononceront peut-être pas le nom de Jésus devant ceux dont ils prennent soin. Là n’est pas le problème. Dans la parabole du Jugement dernier, ceux qui se sont engagés en faveur de l’Homme et qui ont été placés à la droite du Père ne savent pas que leurs actes de compassion étaient des actes de compassion envers le Christ lui-même.

Les efforts en faveur de l’inculturation font aussi partie du dialogue interreligieux. Les ashrams chrétiens produisent un climat favorable où les croyants de différentes religions peuvent se rencontrer dans leur condition commune de pèlerins. A travers des prières, des méditations, des discussions et des célébrations interreligieuses, et par un mode de vie marqué par l’austérité, l’hospitalité et la simplicité, ils peuvent témoigner des valeurs du Royaume. Les récentes attaques contre les chrétiens ont été la cause d’un développement parmi eux d’une attitude négative envers l’inculturation. Aussi devons nous particulièrement prendre soin de promouvoir des rassemblements populaires interreligieux dans les ashrams chrétiens, qui sont de nouvelles manières d’être l’Eglise.

Même si la conversion au Christianisme n’est pas le point focal du dialogue orienté vers le Royaume, cela n’exclut pas la possibilité d’accueillir dans l’Eglise ceux qui en expriment le désir sincère et acceptent la catéchèse nécessaire. Les statistiques de la Mission montrent que toutes les dénominations chrétiennes prises ensemble forment seulement le tiers de la population mondiale, et que la population musulmane peut dépasser les catholiques dans le troisième millénaire. En Asie où vit 60% de la population, il y a seulement 3% de chrétiens. La présence des communautés chrétiennes doit être renforcée si l’Eglise doit remplir son devoir d’être le levain du Royaume de Dieu en Asie. Si nous proclamons un moratoire pour les conversions cela affectera la construction du Royaume de Dieu. Cela va aussi contre la liberté religieuse de la personne humaine.

            Conclusion

            Le dialogue est la nouvelle manière d’être l’Eglise. Cette manière d’être inclut de travailler ensemble pour la défense commune des droits de l’Homme, pour la promotion du développement humain, pour faire vivre les valeurs spirituelles et culturelles, en partageant les expériences spirituelles, en échangeant les réflexions, etc. Il y a des manières indirectes de témoigner du Royaume. Ce que nous voudrions avoir est la confiance dans l’Esprit Saint et le courage d’entrer en dialogue avec les Hindous et le R.S.S. Notre ouverture, notre sincérité, l’amour et le désir d’un enrichissement réciproque mettront en valeur les multiples manières de témoigner, à l’échelle d’une fraternité universelle, des idéaux qui sont ceux du Royaume de Dieu : « Dieu en tous et pour tous, qui donne et garde pour toute la terre habitée bonheur, paix et plénitude » (vasudaiva kutumbakam, loka samastha sukhino bhavantu).

(Traduction François Bousquet)

Références

Amalorpavadass D.S. (1975)   : Evangelization of the Modern World, Bangalore: NBCLC.

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Golwalkar M.S.            (1980) (66)     : Bunch of Thoughts, Bangalore: Jagarana Prakashan.

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            * Vincent Kundukulam, prêtre syro-malabar, Docteur en Théologie (ICP) et Docteur en Histoire des Religions et Anthropologie religieuse (Paris IV Sorbonne) est Professeur au St Joseph’s Pontifical Seminary d’Aluva au Kérala.

            Cet article, reprenant une conférence donnée le 28 août 2000 à Mount St Thomas, au Colloque de la KCBC, a été publié dans Third Millennium, vol., IV /3, July-September 2001, pp. 16-26. Toutes les notes de bas de page sont du traducteur.

Résumé : Le problème de la conversion prend un aspect particulier en Inde avec l’avènement de courants néo-hindouistes. Le Sangh Parivar s’oppose violemment à la conversion des Hindous à d’autres religions, qu’il considère comme un acte déloyal et communautarien. A l’intérieur de l’Eglise un nombre important de missionnaires est divisé en ce qui concerne la nécessité d’avoir la conversion comme objectif premier de la mission. Cet article essaie de comprendre les arguments des néo-hindouistes contre les conversions. Il montre comment le changement d’attitude envers les autres religions affecte le style de l’activité missionnaire. Il suit l’évolution du concept de mission et étudie la signification réelle de la conversion. A la lumière de cette étude il propose un chemin pour la mission, qui fasse justice à la fois au contexte indien et à la théologie de la mission. La priorité de l’évangélisation en Inde est de contribuer à la pleine croissance du Royaume de Dieu, le dialogue interreligieux étant une forme privilégiée de cette évangélisation. Celui-ci comprend un travail en commun pour la défense des Droits de l’Homme et pour le développement humain, dans le partage des expériences spirituelles, la promotion d’un éthos culturel de la nation, etc. Nous pourrions avoir confiance en l’Esprit-Saint et entrer en dialogue avec les Hindous et le R.S.S. C’est une manière indirecte de témoigner de l’Evangile.

Abstract

The problem of conversion takes a special turn in India with the advent of hindutva forces. The Sangh Parivar vehemently opposes the conversion of the Hindus into another religion as they consider it as a communalist and disloyal activity. Inside the Church, a considerable number of missionaries stand divided on the need of projecting conversion as the primary objective of mission. This paper tries to understand the arguments of hindutva forces against conversion; it shows how the changed attitude towards other religions affect the style of missionary activities; it assess the evolution of the concept of mission and it studies the real sense of conversion. In the light of above study, it proposes a path of mission, which does justice both to the Indian context and to the theology of mission. The priority of evangelization in India is to contribute to the full growth of the kingdom of God, of which inter-religious dialogue is a privileged form. This inter-religious dialogue comprises working together for the common defense of human rights and for human development, sharing of spiritual experiences, promotion of cultural ethos of the nation, etc. We should have confidence in the Holy Spirit and enter into dialogue with the Hindus and the RSS. It is an indirect way of witnessing the Gospel.


[1] Le nom qui signifie l’ensemble des mouvements nationalistes et fondamentalistes hindous.

[2] Rashtriya Swayamsevak Sangha, c’est-à-dire Corps National des volontaires, l’organisation mere des mouvements nationalistes et fondamentalistes hindous, fondé en 1925.

[3] Janmabhumi : un journal quotidien en malayalam, la langue locale au Kerala, qui veut dire la Patrie.

[4]  Nom en Inde des adeptes de la religion zoroastrienne.

[5] Les Intouchables.